Rien de tel que la fraîcheur d’une fiction pétulante pour traverser les tourbières de la rentrée. Sitôt perçus légèreté et amusement, on prend ses aises dans un roman comme Anatole Bernolu a disparu. À l’écart des incestes magistraux et des génocides variés, il fait bon suivre pas à pas les inattendues menées de cet Anatole-là, jeune anthropologue convaincu cependant que Claude Lévi-Strauss a atteint sa prééminente position par le meurtre. Conséquemment en butte à sa hiérarchie académique (elle-même probablement criminelle), il est le client attentif d’un marabout-réparateur d’électro-ménager de Barbès, et fait par ailleurs peu de choses. « Il regarde autour de lui, hume le fond de l’air, relève sa météo intérieure, réalise son homéostasie. En somme, il persiste dans son être. » Arrière-petit-cousin d’Oblomov, probable compagnon de route d’un descendant de Tityre, le narrateur de Paludes, il est sans doute acoquiné aux créatures de Bernard Waller, Frédéric Berthet et peut-être même de Paul-Jean Toulet, ou de Pierre Girard dont Francis de Miomandre disait ce que l’on peut répéter pour Anatole : « Il faut très longtemps à la nature pour créer un être tel que lui, léger comme un elfe, attendri et détaché, subtil et très simple ». Si simple et léger que Pauline Toulet ne peut l’empêcher de disparaître à la mode japonaise. « Il ne s’agirait pas de le perdre des yeux, car le physique passe-partout du garçon ne le rend pas aisément reconnaissable. » Mais hop ! Plus de Bernolu !
Éric Dussert
Anatole Bernolu a disparu,
de Pauline Toulet,
Le Dilettante, 256 pages, 19 €
Domaine français Anatole Bernolu a disparu
septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256
| par
Éric Dussert
Un livre
Par
Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°256
, septembre 2024.
