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Théâtre Larmes et secret

septembre 2024 | Le Matricule des Anges n°256 | par Laurence Cazaux

Avec la confection d’une robe sublime, Caroline Guiela Nguyen montre l’envers du monde de la haute couture.

Il était une fois une princesse anglaise qui allait se marier en 2025 et souhaitait pour l’occasion une robe inoubliable. Le démarrage de Lacrima pourrait ressembler à un conte de fées. Mais cette princesse n’apparaîtra pas dans la pièce, nous entendrons juste sa voix nous raconter les choix de la couronne d’Angleterre concernant la tenue du mariage. Ceux que nous allons suivre, c’est la trentaine de personnages qui va confectionner la fameuse robe pendant huit mois. Et le conte de fées se transforme en « Une histoire contemporaine des larmes », sous-titre donné par l’autrice à son texte.
Nous sommes d’emblée plongés au cœur de la souffrance. La scène d’ouverture relate une tentative de suicide. Cette séquence sera reprise en toute fin du texte. Entre les deux se déroule un flash-back de huit mois, soit « quatre mille six cent quatre-vingt-huit heures de travail avant la tragédie ». La pièce est construite en cinq parties aux noms empruntés à la couture : La maison mère, Le bâti, La toile martyre, La trace, La réparation. La blessure et la réparation sont déjà nichées au cœur de la robe et vont déborder sur les humains qui la confectionnent.
La pièce se déroule simultanément dans plusieurs ateliers, à Paris dans la maison de haute couture Beliana qui doit concevoir et fabriquer la robe, à Alençon, dans l’atelier du musée national de la Dentelle, qui doit restaurer un voile vieux d’une centaine d’années que veut porter la princesse, et dans l’atelier de broderie à Mumbai en Inde, qui doit réaliser une broderie avec quelque 270 000 perles pour orner la confection. Caroline Guiela Nguyen s’est déplacée dans les différentes villes pour recueillir de nombreux témoignages sur cet univers de la haute couture, ce qui offre beaucoup de concret au texte. Nombre de détails nous sont donnés sur les métiers, la technique, les conditions de travail en tension et sur le secret qui régit ce monde. Dans le texte, comme lors du mariage de Lady Di avec le prince Charles, aucune information ne doit fuiter sur la confection de la robe avant le jour J. Une scène raconte le contrat de confidentialité, rédigé par un notaire, entre les différentes parties et la cour d’Angleterre. Il impose que les trois ateliers ainsi que leurs salariés soient sous secret. Un secret prévu pour durer cent ans. Cent ans de silence pour une robe de princesse ! Selon l’autrice, le secret est la condition de la violence. Le secret professionnel va ici se doubler de secrets familiaux qui vont exploser au grand jour. Ainsi la violence exercée par un mari sur sa femme, dans l’atelier parisien. Ou les raisons cachées de la mort de la sœur d’une dentellière.
La souffrance est également liée aux conditions de travail. À Alençon, jusqu’au milieu du XXe siècle, les dentellières perdaient la vue. Dans Lacrima, à Mumbai, c’est encore le cas, un brodeur de grand talent devient aveugle et devra être remplacé après sept mois de travail. Il ne sera même pas nommé comme ayant participé à la confection de la robe. Une séquence relate un contrôle missionné par la couronne d’Angleterre et l’atelier Beliana, pour vérifier si les conditions de travail en Inde sont « conformes aux normes éthiques internationales ». Le patron indien s’emporte : « Vous les Occidentaux, vous voulez tout ! Les pièces les plus belles, livrées dans les délais les plus courts, fabriquées par les brodeurs les moins chers possibles, et maintenant vous me parlez d’éthique. Tout d’un coup vous voulez que nos pratiques soient éthiques ! »
Alors, en toile de fond, c’est notre société capitaliste qui est dénoncée, comment les pays riches bénéficient d’une main-d’œuvre bon marché pour faire fonctionner une société de consommation de plus en plus mortifère. Une fois le texte refermé, une question nous poursuit : quelles larmes avons-nous fait verser pour notre petit confort personnel ?

Laurence Cazaux

Lacrima,
de Caroline Guiela Nguyen
Actes Sud-Papiers, 160 pages, 17

Larmes et secret Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°256 , septembre 2024.
LMDA papier n°256
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°256
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