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Domaine français Le Bleu n’abîme pas

octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257 | par Anne Kiesel

Le Bleu n’abîme pas

Il faut bien raconter les histoires/ Il faut bien raconter les histoires/ Il faut bien raconter les histoires/ Les creuser jusqu’à la moelle. » Anouk Schavelzon commence et termine son premier roman par cette comptine sortie d’on ne sait où. Au début, la maison était rouge. Tellement rouge. En feu, même. Son personnage (son double ?), Luna, se laisse découvrir en courts chapitres qui se télescopent. Impressions de boîte de nuit, avec un dragueur collant. Images de la maison d’enfance, lors de cet incendie dans l’appartement au-dessus. L’écriture est légère comme un sommeil de bébé, comme un souffle d’été, même si le drame, la panique, le feu. 
Le dragueur lourd de la boîte de nuit l’appelle ma lionne, aime les métisses, lui palpe les cheveux. Elle, aux côtés de ses amis français, en manif antiraciste, s’interroge : « toi qu’on confond avec eux, parce que tu as la peau claire et les yeux bleus, [eux] qui n’avaient pas remarqué avant que tu le leur dises que tu étais la seule personne non blanche de leur classe »
Luna a quatre grands-parents, et quatre origines : Niger, Algérie, Argentine, France. Luna, Anouk, réalité, fiction. L’autrice s’appelle Schavelzon. Dans le roman, Luna a hérité de Yacob, son grand-père argentin, de « ce nom de famille juif ashkénaze à consonance allemande (…). Ton père t’a toujours dit que ce nom signifiait “Fils de Dieu” ; ses deux premières syllabes seraient une déformation de “Yahvé”, sa dernière un dérivé du traditionnel “son” germanique.  » La grand-mère maternelle de Luna, Inna, l’Algérienne, « a été amoureuse autant de la langue peule que de son mari », Abba, Nigérien. Ces métissages, du bout de la langue, du bout de la plume n’occultent pas les difficultés de la vie, l’agression sexuelle, ou la volonté de la société de redresser tout ça, comme une colonne vertébrale enserrée dans un corset, durant l’adolescence de Luna. « Il faut bien raconter les histoires ». À la fin, la maison est bleue.

Anne Kiesel

Le Bleu n’abîme pas, d’Anouk Schavelzon
Seuil, « Fiction & Cie », 240 pages, 19,50

Le Matricule des Anges n°257 , octobre 2024.
LMDA papier n°257
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LMDA PDF n°257
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