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Domaine français Entre Kabylie et Kanaky

octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257 | par Anne Kiesel

Alice Zeniter s’aventure en Nouvelle-Calédonie, avec cette quête des origines au bout du monde, qui renvoie à une histoire beaucoup plus proche.

Frapper l’épopée

Ça commence dans un avion. Un vol interminable entre Paris et la Nouvelle-Calédonie. « Tass a fait l’aller-retour avec la métropole plus d’une quinzaine de fois. (…) Pourtant, elle s’étonne encore de sentir cette distance qui résiste aux avions, une distance suffisamment grande pour que même le corps immobile dans la carlingue s’épuise du trajet ». L’arrivée à Nouméa est moite. « Sylviane vient la chercher à l’aéroport de Tontouta, l’enlace tout de suite et la serre contre elle autant qu’elle peut, sueur contre sueur. »
Dans le nouveau roman d’Alice Zeniter, Frapper l’épopée, les sensations corporelles sont immédiates. La chaleur, la fatigue, l’eau, la marche à pied, les embouteillages en voiture provoquent des effets sur les corps. C’est peut-être par ces impressions que l’autrice a été happée, quand elle est venue pour la première fois en Nouvelle-Calédonie, pour la promotion d’un précédent livre.
Alice Zeniter a rencontré le grand public (ainsi que le Goncourt des lycéens) en 2017, avec L’Art de perdre, un roman sur ses origines kabyles (pour le dire en deux mots). Elle y racontait la quête d’une jeune femme, née en France, qui cherchait ses racines, au sein d’une vaste narration embrassant trois générations, entre Algérie et France. Dans Frapper l’épopée, son onzième livre, Alice Zeniter s’aventure beaucoup plus loin géographiquement. Après dix ans de vie commune avec Thomas, un métropolitain, Tass rentre définitivement dans son île. Leur histoire d’amour est finie. C’est plus simple, finalement. Elle n’aura plus besoin de répondre aux questions « Tu viens d’où/Nouméa/C’est Tahiti, ça, non/Non, non, c’est pas/Alors quoi, c’est – attends, je vais trouver (…) Ah bon ? Et il y a qui de connu en Nouvelle-Calédonie ? (…) Tass disait : Ataï/Elle savait que ça n’évoquerait rien (…) Et sinon Louise Michel. Là les gens voyaient mieux. Parfois : Ah tiens, c’est marrant, j’étais au collège Louise-Michel. Je ne savais pas qu’elle était de là-bas ! »
Elle aussi, Tass, cherche ses racines. Père calédonien, mère métropolitaine, elle erre dans un entre-deux, une complexité qu’Alice Zeniter excelle à faire ressentir. Tass a repris un poste d’enseignante. Dans sa classe, elle est intriguée par des jumeaux kanaks, un frère et une sœur, qui portent un tatouage mystérieux. Ont-ils rejoint ce petit groupe d’activistes qui se réunit à l’écart ? 
Le passé ressurgit, le bagne dans lequel la France a envoyé les prisonniers dont elle voulait se débarrasser. Dont Louise Michel, mais aussi les « Arabes de Nouvelle-Calédonie ». On découvre que Tass s’appelle en réalité Tassadit, un prénom berbère. Son frère Ju, évoqué dès les premières pages, c’est Jughurta. Le mythe, l’histoire, perdus au bout du monde sur un Caillou oublié, qui ne va pas tarder à s’enflammer. 
C’est ici qu’Alice Zeniter, qui s’autorise tout, franchit le mur de la fiction. Certes, elle décrit le grand-père de Tass, dont la romancière décide qu’il s’appelait Areski. Son parcours de bagnard, au milieu de gens condamnés pour des délits qui paraissent mineurs : « là un multirécidiviste du vagabondage, (…) qui baisse la tête, a commis un crime qui ressemble à un tableau de maître flamand : “Vol, la nuit, dans une église.” » Mais aussi elle se montre, elle-même, dans le roman, racontant comment elle est venue, en 2019 puis en 2023, à Nouméa et autour. Fiction et réalité s’entremêlent de manière troublante. « J’ai en grande partie inventé Tass pour pouvoir la placer sur le bord de la rivière, pour me dire que c’est elle que je regarde et que c’est à elle que je parle quand je me déplace jusqu’ici. (…) Tass existe parce que cette histoire n’est pas la mienne et qu’elle n’est pas pas la mienne. Elle est née de ce flou que je n’arrive pas à écrire. » Si, elle l’écrit très bien.

Anne Kiesel

Frapper l’épopée, d’Alice Zeniter
Flammarion, 350 pages, 22

Entre Kabylie et Kanaky Par Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°257 , octobre 2024.
LMDA papier n°257
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°257
4,50