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Poésie Citations à comparaître

février 2025 | Le Matricule des Anges n°260 | par Jérôme Delclos

À partir de bribes des textes des autres, Guy Bennett compose le sien propre. Le bel art de la cuisine des restes.

Poète, traducteur, musicien, Guy Bennett vit à Los Angeles où il enseigne le postmodernisme dans une école d’art et de design. Il a traduit entre autres Jacques Roubaud, Valère Novarina, Jean-Michel Espitallier, il écrit en anglais et aussi bien comme ici en français. Dans Œuvres presque accomplies (L’Attente, 2018), il redonnait vie à ses projets d’écriture abandonnés, Remerciements (id., 2021) faisait de ces petits ajouts accessoires un livre tout entier, et dans Poèmes évidents (id., 2022), il pastichait la phraséologie de George W. Bush. En exergue, composé de citations et leurs gloses, reste fidèle à ce registre métatextuel, et l’on ne s’étonnera pas d’y trouver des références à Seuils de Gérard Genette. L’ensemble est enchâssé entre deux emprunts à Borges : « Je constate avec une sorte de mélancolie douce-amère que tout au monde me ramène à une citation ou à un livre », et « À elle seule, la vie est une citation ». L’auteur nous conduit pas à pas de l’un à l’autre de ces pôles, d’une réflexion sur la littérature à une méditation sur l’existence.
Bennett place en exergue de chaque chapitre deux citations qu’il fait suivre d’un commentaire. Parfois, dans une police plus grosse, une citation non-commentée occupe la page : « Se méfier des penseurs dont l’esprit ne fonctionne qu’à partir d’une citation » (Cioran), ou « Tout texte est un tissu nouveau de citations révolues » (Roland Barthes). Sont convoqués aussi bien des théoriciens de la critique que des philosophes (Emerson, Thoreau, Diogène et sa belle formule « Le coin le plus sombre de la taverne est le plus voyant »), des romanciers (Kafka, Proust, Joyce), des poètes (Valéry, Jaccottet, Pound), mais aussi, nombreux, des musiciens – Cage, Ellington, Mingus, Monk disant « Le piano n’a pas de fausses notes ». Chaque couple de citations obéit à une logique du dialogue que la glose développe : elles peuvent se compléter, certains des couples en approfondissent d’autres, plusieurs d’entre eux sont l’occasion d’une polémique, pour exemple « La vérité ne peut être dite de telle sorte qu’elle soit comprise et point crue » (Blake), versus « Pensée qui s’exprime est mensonge » (Fiodor Tiouttchev) : « Ces deux citations se giflent mutuellement : selon la première, la vérité transmise de manière efficace sera inévitablement crue, alors que la seconde proclame que la moindre pensée, pour peu qu’elle soit dite, est fausse ».
Patiemment assemblée pièce par pièce, la structure est celle d’un Meccano littéraire. Les premières pages tournent autour de la question complexe du rapport entre lecture et écriture (« La plupart du temps, lire c’est ré-écrire » selon Orhan Pamuk, d’accord en cela avec Augusto Monterroso qui déclare « Je n’écris pas. Je corrige »), au fait pour l’écrivain d’être son premier lecteur – « J’écris pour pouvoir lire ce que je ne sais pas que j’allais écrire » (Claude Roy) – ou pour l’artiste son premier spectateur, ainsi de Ralph Gibson disant « Une des raisons pour lesquelles je fais des photos, c’est que je me plais à les regarder ». Le milieu du livre traite du statut de la fiction (faut-il y renoncer ou pas ?), de la musique et du silence, des livres qui « disent quelque chose sans qu’on les lise » (Adorno), et de l’impossibilité de faire du neuf, qui n’est pas si grave : « J’aime tellement l’originalité que je n’arrête pas de la copier » (Charles Bernstein).
Les références à Borges et aux hétéronymes de Pessoa ouvrent in fine à une méditation pensive sur l’énigme de l’identité personnelle et le mystère insondable de la naissance et de la mort. L’excipit veut témoigner de la fatalité heureuse – un « enchantement » – que « certaines portes restent fermées » : « Personne ne pourra saisir l’insaisissable » (Kozma Proutkov), qui reste ainsi toujours à désirer.

Jérôme Delclos

En exergue, de Guy Bennett
Lanskine, 77 pages, 15

Citations à comparaître Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°260 , février 2025.
LMDA papier n°260
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LMDA PDF n°260
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