La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Sous le volcan

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Yann Fastier

Un récit d’enfance plein de vie, au pied de la montage Pelée, dans la Martinique des années 1920.

Le Temps des madras

Le temps file. Déjà quatre ans que nous chroniquions ici même les Lettres à une Noire, de Françoise Ega (1920-1976), ressuscitées de L’Harmattan par les éditions Lux en 2021. À la faveur des études féministes et décoloniales, le livre, qui dénonçait la condition faite en métropole aux jeunes bonniches martiniquaises, avait eu bonne presse et suscité les applaudissements tardifs d’une petite bourgeoisie que cette infatigable militante du quotidien ne fréquenta guère de son vivant, préférant visiblement les curés. Fortes de ce succès et d’une reparution concomitante en poche (Folio), les mêmes éditions récidivent et exhument un texte plus ancien, paru en 1966 aux Éditions Maritimes et d’Outre-mer. Sous-titré « récits de la Martinique », Le Temps des madras est un récit d’enfance, nimbé doublement, donc, de cette lumière propre aux paradis perdus, la jeune Françoise Marcelle Modock ayant dû s’exiler très tôt pour gagner son pain. Loin des nostalgies lénifiantes, cependant, elle ne se contente pas de redonner de belles couleurs à l’entre-deux-guerres : une enfance au Morne Rouge, au pied de la montagne Pelée, n’est à coup sûr pas exempte de coups du sort et de secousses, au rang desquels la mort prématurée du père fait figure d’introduction. La vie, dès lors, sera l’affaire des femmes parmi lesquelles émergent de belles et fortes figures comme cette tante Acé toujours pleine de ressources et d’allant ou bien la « voyante » Élisa, bonne sorcière érigée en rempart contre tout ce que le pays compte de zombis et de quimboiseurs, ces inquiétants jeteurs de sort à l’efficacité certaine. Car la magie est encore partout présente dans ce petit monde presque exclusivement noir, dont elle constitue – quoi qu’en ait le brave curé – l’un des plus solides piliers face à l’ordre colonial. Un ordre qui ne dit pas son nom trop fort et reste par ailleurs assez bien toléré par une autrice qui ne se place jamais en position victimaire et oppose volontiers au « béké », unanimement détesté et tenu à distance, le Blanc venu de « l’autre pays », en héraut d’une République émancipatrice incarnée à hauteur d’enfant par l’école et le clocher.
Hors le plaisir réel que l’on prend à ce récit plein de naturel et de vie (secondé par un lexique fort bienvenu), c’est peut-être cette ambiguïté fondamentale qui, même teintée d’ironie légère, fait de Françoise Ega la figure foncièrement irrécupérable qu’elle fut toute sa vie. Et, quelles que soient les bonnes intentions de ses rééditeurs, préserve son œuvre, à la fois modeste et sûre d’elle-même, d’un air du temps toujours soupçonnable de vouloir lui en faire dire plus qu’elle ne voudrait.

Yann Fastier

Le Temps des madras, de Françoise Ega
Lux, 216 pages, 18

Sous le volcan Par Yann Fastier
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°262
4,50