Lorsque Paul Giro a entrepris de rassembler les lettres de Joe Bousquet, il y a une trentaine d’années, il ne se doutait probablement pas qu’il tirerait de son travail de bénédictin une double somme monumentale : tandis que paraît le premier volume de sa biographie en trois tomes et que patientent les trois autres volumes de la correspondance générale de Joe Bousquet, le « poète couché », Paul Giro, natif de Carcassonne, rend à son « pays » plusieurs de ses vérités, longtemps contrariées par une litanie de clichés et de lieux communs. Haut fonctionnaire, chargé de mission au Conseil constitutionnel puis président de la Cour Nationale du Droit d’asile, il est désormais retraité. L’actif président de la Société des lecteurs de Jean Paulhan a pris le temps de faire tabula rasa et de reconstruire cette vie traversée par l’amour.
Votre grand projet mérite qu’on s’interroge sur le déclencheur de votre admiration pour Joe Bousquet. Quels textes vous ont marqué au point de vous enchaîner à ce long labeur de fouille et de recueil documentaire puis de synthèse ?
Ça n’est pas un texte qui a été le déclic, mais un professeur de littérature et de philosophie, René Nelli – le grand spécialiste de la poésie des troubadours – qui, au lycée de Carcassonne au milieu des années 1960, enchantait (ou enquiquinait selon les cas…) ses élèves, avec Joe Bousquet. Il en avait été, à partir de 1925, l’épigone – prêtant main-forte à la création de la revue « surréalisante » Chantiers – puis l’ami. On doit notamment à Nelli l’ordonnancement de quatre volumes d’Œuvre romanesque complète parus chez Albin Michel au début des années 1980. Peu avant, il avait publié une première biographie, Joe Bousquet, sa vie son œuvre, mais ça n’est pas un bon livre, il y accumule les approximations et, plus que sur celle de Bousquet, on en apprend surtout sur la philosophie personnelle de son auteur. Il ne faut pas avoir ou avoir eu de trop le nez sur son sujet pour faire un bon biographe… Vers 1995, quand je me suis lancé, aiguillonné par plusieurs amis persuadés que, originaire moi-même de Carcassonne, j’étais « en situation », rien de sérieux n’avait encore été fait qui fût d’ensemble, et de nature à tenter d’extirper Bousquet du purgatoire littéraire où, depuis sa mort, il stagnait, et stagne toujours…
Plusieurs aspects du personnage de Joe Bousquet ont donné lieu à des billevesées sans cesse répétées : ses amours, sa blessure… Par quels moyens avez-vous pu rétablir les faits ?
J’ai commencé par établir une bibliographie des écrits de et sur Bousquet qui fût digne de ce nom. Et, comme vous le dites, je me suis vite rendu compte, en lisant ce qu’on en écrivait que – à part quelques magnifiques exceptions d’exégètes, du passé comme d’aujourd’hui –, c’était toujours la même monotone litanie de clichés et d’idées reçues, où tout ou presque est faux : Joe Bousquet, c’est éternellement l’adolescent turbulent et jouant même au « voyou » à Carcassonne...
Histoire littéraire Les périls du métier d’homme
mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263
| par
Éric Dussert
Trois décennies de recherches ont permis à Paul Giro d’établir une scrupuleuse biographie de Joe Bousquet. Une somme corrective.
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