Violaine Bérot, on vous dit notoirement rétive à la ville. Qu’est-ce qui vous rebute dans le mode de vie urbain ?
La surpopulation et le bruit ! Ce bruit de fond permanent, incessant, j’ai souvent l’impression d’être seule à l’entendre. Dans les grandes métropoles, il y a tellement de personnes au mètre carré que je perçois la tension de la foule. On se supporte mieux si on a de l’espace. Entassez des cochons dans un hangar, ils se mordront les oreilles et la queue. Mettez-les dehors et offrez-leur de l’espace, ils cohabiteront en paix. La ruralité profonde m’apaise. La ville m’exténue.
Ce besoin d’apaisement correspond-il également à un besoin de recueillement, pour laisser venir les histoires qui composent vos romans ? Au besoin de corriger une angoisse ancrée ?
Je ne crois pas qu’il y ait une « angoisse » ancrée en moi. C’est plutôt parce que j’ai peu vécu en ville. Je suis née dans une vallée de montagne, j’y ai grandi, et après quelques années en ville je suis très vite retournée m’installer dans un lieu très rural. Ça me convient mieux. Et puis j’aime la solitude. J’aime avoir des moments sans humains ni trace d’humanité sous les yeux. Je crois que c’est assez nécessaire pour moi d’avoir non pas des moments de recueillement mais des moments où je ne suis plus en sociabilité. Je fais partie des auteurs qui se déplacent énormément pour leurs livres. Je passe un temps considérable dans les trains, à l’hôtel, avec du monde, en rencontres, en lectures, en création avec d’autres. J’ai besoin de périodes qui sont comme des soupapes, où je me retrouve seule. Mais ça n’a rien à voir avec des moments nécessaires pour « laisser venir les histoires qui composent mes romans ». Parce que l’écriture, je peux la travailler partout, il me suffit d’un bout de table et de quelques heures devant moi, où que je sois, dans le train, dans un café, dans la forêt…
À l’exception d’un essai sur la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, vous n’avez pas publié de livre durant plus d’une décennie entre 2000 et 2013. Depuis Jehanne (Denoël, 1995) vous aviez pourtant déjà publié quatre romans. Votre activité d’élevage vous accaparait ?
Quand j’ai arrêté mon métier d’informaticienne pour changer complètement de vie et m’installer sur une petite ferme avec des bêtes, je croyais naïvement que je pourrais continuer d’écrire. En réalité les deux activités (écrire, élever) sont chez moi absolument incompatibles. J’ai l’habitude de dire de ces deux passions que l’une comme l’autre mange toute ma vie. Plus rien d’autre n’existe. J’ai un côté « monotâche », je suis complètement obsessionnelle. Quand j’étais éleveur je ne faisais rien d’autre que me concentrer sur mon travail avec les bêtes. C’est pareil quand j’écris : ma vie ne tourne plus qu’autour de mes livres. Je n’ai pas écrit pendant les douze années où j’ai eu des bêtes, mais quand j’ai dû arrêter l’élevage (à cause de la maladie de Lyme qui m’a vraiment esquintée) ma...
Dossier
Violaine Bérot
« Une solitaire qui croit en la nécessité du collectif »
octobre 2025 | Le Matricule des Anges n°267
| par
Éric Dussert
Interrogeant le monde, les relations intimes et l’inertie qui souvent nimbe la volonté, Violaine Bérot pointe avec exigence les malaises individuels produits par nos modes de vie et place en regard, la joie et l’empathie.
Un auteur

