Jean-Hubert Gailliot ou le jeu de la fiction
Le 18 mars 1993, nous recevions les jeunes éditions Tristram dans les locaux parisiens du Matricule des Anges, un appartement que nous avions en colocation. Les lasagnes refroidissaient sur un coin de table au moment même où Antoine Kombouaré inscrivait à la 96e minute le but qui éliminait le grand Real et qualifiait le PSG. Un moment historique comme les aime Jean-Hubert Gailliot, propre à tisser un récit mythologique pouvant rassembler autour de lui des personnages venus de différents horizons. Mais ce soir de mars 93, c’est en compagnie de Sylvie Martigny et Jean-Hubert Gailliot fondateurs de la maison d’édition du Gers que nous n’avons pas assisté à l’événement. Le Matricule n’avait pas un an, Tristram cinq, et aucun des quatre fondateurs n’avait osé avouer son désir de voir le match. Très régulièrement les deux éditeurs venaient à Paris rencontrer les journalistes, les libraires, les diffuseurs pour défendre un catalogue dont l’originalité, la qualité et la cohérence faisaient souffler un air frais sur l’édition française. On ne savait pas alors que Jean-Hubert Gailliot écrivait et avait creusé les fondations d’une œuvre romanesque aujourd’hui conséquente. On le découvrit quatre ans et demi plus tard quand parut aux éditions de L’Olivier son premier roman La Vie magnétique qui lançait à 180 km/h une œuvre shootée à la littérature américaine, aux avant-gardes, aux mouvements artistiques du XXe siècle. Une œuvre qui accueille aujourd’hui son neuvième roman et que Michel Jourde explore avec l’auteur dans un roboratif livre d’entretiens. Les parutions de L’Ami universel et d’Aventures du roman étaient l’occasion de s’arrêter un moment sur près de trente ans d’écriture. On avait imaginé que Sylvie Martigny et Jean-Hubert Gailliot s’étaient peut-être rencontrés en khâgne, qu’ils avaient continué ensemble à l’ENS et qu’ils en étaient sortis sans que l’institution ne soit parvenue à éroder leur curiosité, leur désir immense de savoir et de rencontres. Mais dès le préambule aux entretiens avec Michel Jourde que publient les éditions Médiapop, on apprend qu’il n’en est rien et que les deux éditeurs n’ont pas passé le bac… Et peut-être est-ce là, dans une décision prise le 17 novembre 1978 que l’œuvre prend racine.
Jean-Hubert Gailliot naît en juin 1961. Ses parents habitent alors Boulogne-Billancourt et son père travaille pour Renault « au service des enquêtes par sondages ». La figure du grand-père paternel est marquante : résistant, il a été fusillé par la Gestapo lorsque le père de Jean-Hubert avait 14 ans faisant de lui un pupille de la nation. Après de « bonnes études », il fera carrière chez Renault jusqu’à s’occuper de la filière autrichienne de la marque. Nous y reviendrons. « Ma mère était d’origine plus aisée », et notre hôte évoque une quincaillerie au Havre et « du bien » hérité « je crois » d’une famille d’armateurs.
La famille s’agrandit en 1964 avec l’arrivée d’un petit frère qui « fait office de meilleur copain, car...

