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Domaine français Nom d’une pipe !

février 2026 | Le Matricule des Anges n°270 | par Guillaume Contré

Fin connaisseur des lettres anglaises, Jean-Pierre Naugrette nous offre un réjouissant recueil d’aventures inédites de Sherlock Holmes.

Les Mystères de Sherlock Holmes

De l’Herlock Sholmès de Maurice Leblanc à sa réincarnation télévisuelle contemporaine et trépidante sous les traits de Benedict Cumberbatch, Sherlock Holmes a vécu tellement de vies, de réécritures respectueuses ou transgressives, qu’il ne sait plus où donner de la pipe. Et pourtant, comme s’il incarnait une sorte de principe inaltérable, il tient bon. Quel que soit le costume qu’on veut lui faire porter, « sa fameuse casquette de chasseur de daims » s’impose toujours en surimpression. S’il n’est pas le premier détective de la littérature, il est celui à l’aune duquel on mesure tous les autres, d’où qu’ils viennent, et il n’y a peut-être que le Philip Marlowe de Raymond Chandler pour lui faire un peu d’ombre. Avec le bon docteur Watson, ils forment un duo aussi solide et complémentaire que Don Quichotte et Sancho Pança, Tintin et le capitaine Haddock, ou Jeeves et Wooster dans les romans de P.G. Wodehouse.
Jean-Pierre Naugrette, qui connaît son Conan Doyle sur le bout des doigts, tout comme les œuvres de Stevenson ou Conrad, autant de classiques qu’il a traduits, édités ou préfacés, n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Avec Les Mystères de Sherlock Holmes, il propose huit « histoires » plus en moins reliées entre elles qui sont autant d’occasions de s’amuser non pas aux dépens mais en la joyeuse compagnie de ces deux créations parfaites qui semblent n’attendre que ça. Si son livre est aussi plaisant, c’est parce qu’il se tient en équilibre sur une ligne subtile entre l’hommage et l’irrévérence, sans jamais tomber dans l’exercice de style ou la parodie. Offrir de nouvelles aventures à Holmes et Watson, ressusciter une fois de plus ces deux immortels, est pour lui un acte d’amour et cela se sent à chaque page.
Le livre s’ouvre sur une épigraphe sherlockienne en diable que n’aurait pas renié Conan Doyle : « Je ne crois pas aux coïncidences, mais à la convergence des lignes de pensée ». Nous voici d’emblée en compagnie de la délicieuse arrogance de notre détective, qui balaie d’un revers de main la contingence pour mieux imposer la marque de sa supériorité intellectuelle en regrettant « qu’on ne parle plus assez par énigmes de nos jours ». Et quel meilleur guide pour nous raconter ça que le naïf et désœuvré Dr. Watson, lui qui, à l’instar du commun des mortels, est coincé au ras du sol et du bon sens. L’association du génie insensible et du faire-valoir obéissant est inépuisable et Naugrette ne se prive pas d’en rajouter. Ici, Holmes mène littéralement par le bout du nez son acolyte, lui imposant au gré de ses caprices (qui sont parfois d’une gratuité totale) de faire ceci, d’aller là, de le rejoindre au dernier moment à l’autre bout de l’Europe après l’avoir obligé à rester sagement couché dans sa niche londonienne. Et le pauvre Watson, même s’il s’en plaint, est de fait fort dépourvu dès que son maître cesse de le régenter. Mais aussi idiot et guindé qu’il puisse apparaître par moments, le Watson de Naugrette a quelque chose de très attachant dans sa conformité bourgeoise et ses certitudes d’anglais caricatural.
En plaçant les deux personnages dans « l’imposant Grand Hôtel Giessbach » au bord d’un lac suisse, Naugrette a grand plaisir à recréer l’atmosphère surannée d’une certaine prose de voyageur en goguette qui consulte son guide Baedeker dans un confortable fauteuil du lobby. Le mystère tourne autour du meurtre d’un aquarelliste japonais et implique entre autres un écrivain à l’élocution quelque peu tarabiscotée dans lequel on n’aura aucun mal à reconnaître Henry James. Ce n’est pas le seul clin d’œil littéraire du livre, qui évoque ailleurs en passant Wilkie Collins ou construit un autre de ses mystères autour de la figure de Thomas De Quincey et son goût pour l’opium. Les références au corpus classique des enquêtes signées Conan Doyle sont également nombreuses (Naugrette se permettant même le luxe d’écrire la suite directe de l’une d’entre elles), sans exiger pour autant du lecteur une connaissance encyclopédique de celles-ci, d’autant qu’il ne lui déplaît pas de brouiller les pistes en faisant allusion à des enquêtes inventées ex nihilo (« le cas étrange du cardinal Boccherini, qui l’avait amené jusqu’au Vatican »).
Le livre s’ouvre sur un mode presque fantastique puisque c’est dans une maison de poupées étonnement dotée de vie que le crime à résoudre se déroule. Le genre policier ne serait-il qu’un enfantillage ? On y découvrira en tout cas notre héros posant à quatre pattes sa loupe sur des figurines agissant de leur propre gré dans des pièces miniatures. On visitera encore un château écossais où se rejouera une bataille napoléonienne, on parcourra d’un même élan les égouts et les toits de Londres, et l’on étirera la chronologie en plongeant Holmes, sous les ordres de son frère Mycroft qui fréquente les arcanes du pouvoir, dans de convulsives années 1930 qu’il n’a pas connues de son vivant de créature de papier.

Guillaume Contré

Les Mystères de Sherlock Holmes, de Jean-Pierre Naugrette
Le Visage vert, 240 pages, 19

Nom d’une pipe ! Par Guillaume Contré
Le Matricule des Anges n°270 , février 2026.
LMDA papier n°270
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LMDA PDF n°270
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