André Dhôtel, le fabuleux
- Présentation Un jour viendra
- Papier critique Le courage et la chance
- Bibliographie Bibliographie sélective
- Autre papier D’ailleurs à nulle part
- Entretien La pudeur et le secret
- Autre papier Dhôtel en Grèce
- Autre papier Cet hiver-là, il m’avait à l’œil
- Autre papier Si Julie et Maxime
- Autre papier Dhôtel, une paix inconcevable
L’année 2025, avec plusieurs ouvrages collectifs – les revues Europe et L’Atelier du roman, Le Pays où l’on arrive un jour, beau livre aux éditions Invenit – confirme André Dhôtel comme un écrivain que la critique universitaire considère de plus en plus comme de premier plan. Nul doute que la réédition de son essai La Littérature et le hasard lui donne encore du grain à moudre. Dhôtel, qui s’est toujours tenu loin des courants, des modes, des postures de surplomb, aurait peut-être répondu par une pudique boutade à l’engouement académique : « Il semble souvent qu’on en est venu à prendre la littérature trop au sérieux » (La Littérature et le hasard). Mais il y aurait sans doute reconnu aussi son propre idéal : « L’écrivain (…) doit d’abord proposer des idées qu’il ne saurait seul résoudre et qui sont résolues grâce à lui par d’autres auteurs (et par des lecteurs) proposant à leur tour d’autres thèmes. (…) Une œuvre est une simple possibilité ». Fidèle à son appel récurrent à une « conversation » à bâtons rompus entre l’auteur et son lectorat, et qui laisse toute sa place au « hasard », Dhôtel fait le choix de la clarté et de la lisibilité, et que les livres ensuite courent leur chance. Mais sa critique la plus avertie n’a pas reçu ce parti pris sans un soupçon. À rebours de toute forme de naïveté, la simplicité dhôtélienne est pour ainsi dire seconde, en ce qu’elle recouvre une complexité certes discrète mais que balisent, qui contrastent avec elle, ses textes conceptuels, « philosophiques » même si le professeur de philosophie qu’il était, paradoxalement, n’aurait peut-être pas aimé le mot. Si bien que l’œuvre de l’auteur du Ciel du faubourg et de la Rhétorique fabuleuse a le tact de sa duplicité : à la fois grande ouverte à la lecture, au premier abord limpide, et se préservant dans sa profondeur. C’est aussi ce qui permet, pour parodier un titre fameux de Maurice Blanchot qui lisait Dhôtel, l’« entretien infini ». Dans ce livre très curieux qu’est La Littérature et le hasard est évoquée une « boîte », un jeu de casse-tête dont on ne connaîtrait pas le mécanisme d’ouverture. Maître de conférences à l’INSPE d’Amiens, Philippe Blondeau nous en fournit un trousseau de clés.
Philippe Blondeau, vous êtes l’auteur d’une thèse qui fait référence sur André Dhôtel, et président de La Route inconnue, l’association des amis d’André Dhôtel. Vous passez donc beaucoup de temps en sa compagnie. Philippe Jaccottet évoque « l’embarras dans lequel il plonge le critique, soudain (enfin) incapable de s’expliquer son plaisir ». Vous souvenez-vous de cet embarras lors de votre découverte de Dhôtel ?
Cet embarras est en effet une des raisons qui m’ont poussé à l’étude d’André Dhôtel, dont j’avais aimé les premiers livres lus, alors qu’ils étaient plutôt éloignés de ce que je préférais à cette époque. J’avais à cœur de comprendre ce qu’il y avait de secrètement mystérieux et séduisant dans ces romans en apparence si limpides....

