La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Un abri pour Lampedusa

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271 | par Virginie Mailles Viard

Un abri pour Lampedusa

Guiseppe Alde est architecte, il travaille sur un chantier dans la villa d’Armani, à côté de Rome. Il y rencontre l’écrivain Marco Serve. Autrefois chauffeur de taxi, il récupérait des « Hommes qui n’avaient pas le droit de sortir de la mer pour rejoindre le sable, puis la terre, et la route après elle. » À quatre heures de ferry, l’île de Lampedusa. « On sait les migrants qui foulent sa terre ; les migrants refoulés, on les devine aussi. L’Abri a d’original que ses occupants veulent eux-mêmes le quitter. » Il y a quelque chose de très viscontien dans ce premier roman, qui nous renvoie à Mort à Venise : la lenteur qu’impose l’été caniculaire, et la rencontre entre ces êtres solitaires, l’écrivain, l’architecte. Mais aussi dans la distance, l’indifférence vis-à-vis de ce drame quotidien, des « bateaux retrouvés, les morceaux d’équipage qui témoignent des êtres perdus. Les sans-visage. » Ici aussi il semble qu’une lente contamination est à l’œuvre dans l’air moite, dans l’odeur de friche qui court tout le long du roman. Ce n’est pas le choléra de Visconti, mais l’indifférence vis-à-vis des « Hommes ». Ainsi sont-ils nommés, avec un H majuscule, comme s’ils venaient d’une autre planète. Ce H c’est une respiration supplémentaire, qui envahit tout le roman, l’inspiration et l’expiration, l’air en partage. Guiseppe fait son chemin initiatique dans une tentative de prendre contact avec « l’Abri illégal de Lampedusa fourmillant de monde ». Elsa Régis nous le donne à voir comme le spectateur principal – au départ comme en retrait, mais pas encore immunisé – qui prête de plus en plus attention à ce monde qui s’échoue à ses pieds. Lui, l’architecte, réalise que « les rescapés sont meilleurs ouvriers que moi. (…) Eux savent construire des morceaux de route, de terrasse, d’hôtel. » Dans l’Abri, les chambres ne laissent pas de place aux rêves des Hommes. Lampedusa, île-frontière, reste ce point minuscule où l’Europe regarde la mer, où l’espoir « est le dernier à fuir le corps. »

Virginie Mailles Viard

Un abri pour Lampedusa d’Elsa Régis
Éditions du Panseur, 197 pages, 19

Le Matricule des Anges n°271 , mars 2026.