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Domaine français La question algérienne

mars 2026 | Le Matricule des Anges n°271 | par Flora Moricet

Un récit-essai passionnant qui cartographie une part de la littérature algérienne francophone – et sa réception distordue en France.

La Partie immergée de l’iceberg

Coup de projecteur salutaire sur la « brume identitaire algérienne », La Partie immergée de l’iceberg regarde la littérature francophone algérienne comme un miroir grossissant de la difficulté d’être algérien, d’écrire en Algérie ou en exil en France après cent trente-deux ans de colonisation française. Cinéaste et critique littéraire, né dans la banlieue d’Alger en 1983, soit quelques années avant la « décennie noire » qui déchira le peuple algérien, Lamine Ammar-Khodja a 20 ans quand il s’installe à Paris, ville qu’il découvre «  en inclinant la tête ». À partir de cette expérience décalée et de ses lectures, Lamine Ammar-Khodja livre un manifeste contre l’évacuation de l’Histoire et en appelle à une nécessaire clarification par l’usage d’« un nouveau lexique » indispensable pour dire la complexité de son pays et de ses trajectoires de pensée. « Comment un écrivain algérien peut-il dire “je” (affirmer son individualité), quand l’espace de réception et d’interaction est presque exclusivement français ?  » La question, au cœur de son récit à la première personne publié en co-édition franco-algérienne, était déjà celle de Kateb Yacine, auteur de Nedjma (1956), qui déclarait écrire « en français pour dire aux Français que je ne suis pas français ». Car à force de vider l’Histoire de sa complexité due au joug colonial, à la guerre intérieure imposée par le terrorisme islamiste des années 1990 et au totalitarisme d’État, l’historiographie algérienne semble avoir construit des oppositions binaires et des fantasmes, en partie relayés par les écrivains franco-algériens Kamel Daoud et Boualem Sansal, figures d’autorité ultra-médiatisées dans la société française, passées au crible par le chroniqueur de la revue littéraire Fassl
Ammar-Khodja voit en leur succès les signes d’«  un dispositif sur lequel se reflètent les manquements des deux sociétés ». Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt devenu chroniqueur au Point, et Boualem Sansal, élu à l’Académie française après un an d’incarcération en Algérie, voient leurs discours ouvertement opposés au pouvoir algérien largement repris dans la presse française – et par l’extrême droite. Ce que leur reproche Ammar-Khodja, en particulier à Kamel Daoud, c’est la simplification, le binarisme des êtres et des choses : l’Algérien, la Femme, l’Occident, le monde arabe, apparaissent à ses yeux comment autant d’essentialisations qui masquent mal « une peur profonde de l’expérience humaine ». Après Meursault, contre-enquête, roman où il se glissait dans la peau de l’étranger de Camus, Kamel Daoud a, dans Houris, mis en scène l’histoire de Saâda Arbane qui a perdu l’usage de ses cordes vocales après qu’on lui a tranché la gorge et assassiné sa famille. Lamine Ammar-Khodja regrette la « double dépossession » de la protagoniste qui, après avoir perdu la voix, découvre son histoire instrumentalisée sous prétexte de fiction (elle a par ailleurs été la patiente de l’épouse de Daoud psychiatre) alors qu’elle en avait refusé la publication. 
Ainsi en est-il de l’objectivation d’une tragédie et du rôle du fantasme français, qui prive les Algériens d’une expérience qualifiée d’« impartageable ». « Écrire en pays dominé exige une forme de souplesse et d’habileté », ajoute Ammar-Khodja, soulignant que la question de l’endroit d’où l’on écrit est indissociable de son adresse, du champ de diffusion de ses livres. À « l’archétype de l’Algérien fabriqué par KD », le cinéaste défend la finesse des œuvres de Kateb Yacine et d’Assia Djebar, dans lesquelles « il s’agit avant tout de se dire pleinement. Non de contredire »
Sous-titré « Éloge du GPS algérien », La Partie immergée de l’iceberg fait la lumière sur une réalité complexe, insidieusement réduite dans la sphère intellectuelle et médiatique française, dans la lignée critique des pionniers Franz Fanon et James Baldwin.

Flora Moricet

La Partie immergée de l’iceberg,
de Lamine Ammar-Khodja
Motifs/Terrasses, 150 pages, 10

La question algérienne Par Flora Moricet
Le Matricule des Anges n°271 , mars 2026.