La rédaction Emmanuel Laugier
Articles
Un auteur
Le brouillon général
Ses carnets forment une toile arachnéenne de carrefours, de bifurcations toujours en éveil, dévoilant un sens rare de l’observation.
Au mois de mai 1954, Philippe Jaccottet ouvre le premier carnet d’un ensemble qui constituera la somme des Semaison (1954-1998), titre dont il précise, selon Littré : « Semaison : dispersion naturelle des graines d’une plante ». À cet ensemble s’ajoutent Observations et autres notes anciennes (1947-62), Autres journées (1980-84) et Taches de soleil, ou d’ombre (notes sauvegardées, 1952-2005). Ce corpus forme une suite de presque 1100 pages, elle entrecroise des notes éparses, tantôt des séquences s’amorcent, tantôt des sauts se matérialisent sur la page par des disjonctions nettes....
Des livres
Le Monde le monde
de
Bernard Vargaftig
Distance nue
de
Bernard Vargaftig
L’excès musical de la vitesse
Le Monde le monde et Distance nue sont encore habités par le mouvement tendu et imprévisible de ce qui va vite, passe toujours trop vite devant le regard. Ne reste, dès lors, dans le poème que quelques événements, comme la robe d’une femme qui se froisse dans le vent, le ravin et son ombre immense. Quelques événements récurrents, simples - des lieux, des choses, l’être aimé - qui témoignent...
Un auteur
Bernard Vargaftig, hachures et suites sonores
Aragon disait de lui : « Moi, j’aime ça, ce langage haché comme la douleur ». Cette écriture se fait dans l’élan et l’entaille, jusqu’au ressassement : rencontre avec Bernard Vargaftig dont deux livres paraissent.
Un enfant s’élance dans une course, s’incline dans ses enjambées de dératé jusqu’à tomber, à bout de souffle, au bout de la route comme on tombe dans les bras de quelqu’un : c’est véritablement à cette scène que Bernard Vargaftig (né en 1934) compare ses poèmes. Sa parole n’a pas ainsi l’expansion lente de l’écoulement. Elle court, elle est, comme le titre de l’un de ses recueils, une Lumière...
Un livre
L' Inventeur de l’amour (suivi de) Mort morte
de
Ghérasim Luca
Luca : l’anti-Oedipe
Gilles Deleuze considère Ghéracim Luca comme l’un des plus grands poètes français : disparu cet hiver, sa voix manquera toujours à ceux qui le découvriront.
Cet hiver, Ghéracim Luca, poète d’origine roumaine, disparaissait. Retrouvé dans la Seine, on put alors lire par-ci, par-là un mot ou deux noyés dans les pages d’actualité, à l’exception de L’Humanité (1). De celui qui ne cessa de vouloir une poésie non-œdipienne, c’est-à-dire dégagée du schéma ternaire du fameux complexe d’œdipe et de la loi du père tout-puissant, on ne fit donc pas grand...
Un livre
L' Election
de
Jean-Louis Giovannoni
Equarissage pour tous
Deux auteurs pour un livre : le premier est poète. On ne peut parler de Jean-Louis Giovannoni sans lier son écriture maigre et sèche, incisive à une obsession du corps, à un écart qu’il représente et qui est chez lui l’expérience d’un arrachement : « le corps se sectionne dans le corps (…)//les os/vers l’intérieur » lançait déjà Garder la mort, publié en 1985 aux éditions Unes de Jean-Pierre...

