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Domaine français Jouvence inaugurale

janvier 2026 | Le Matricule des Anges n°269 | par Richard Blin

Trente ans après être parti vivre là où on est seul, là où on n’est rien, Pierre Cendors se souvient de ce qui fut un double voyage initiatique.

Quête de soi doublée d’une méditation sur la construction amoureuse d’un jeune homme en devenir, Veneris memories est un récit qui se déplie par échos et consonances. C’est une orchestration d’instants vrais – car tous les moments ne sont pas des instants – des moments d’instance sollicitante, qui se découpent, se détachent, trouent la trame du temps. Trente après, ils habitent encore Pierre Cendors, né en 1968. Il avait 23 ans et venait de quitter la France pour aller vivre sur la côte atlantique de l’Irlande, dans les solitudes du Connemara. « Tu étais venu construire une vie qui te ressemblerait. » Un lieu sauvage rayonnant des forces nues du primitif et de l’élémentaire, une sorte de premier monde « où tout le visible semblait encore baigner dans l’incréé ». Une ascèse hédoniste longuement désirée par ce solitaire n’étant « pleinement au monde que lorsqu’il s’absente de sa propre espèce. » Un départ pour être seul, pour être rien, pour devenir écrivain.
Au contact de la beauté revêche et fruste de ces terres perdues, l’apprenti-écrivain découvre la tonalité nocturne de sa sensibilité, l’intensité secrète de son « visage de nuit ». À l’écoute des voix archaïques d’un silence de genèse, et au contact du non-apprivoisé, il vit des moments d’ivresse sans ivresse, connaît la joie d’aller nu sous les étoiles, d’entrer en contact immédiat avec le sensible. Un séjour qui le dépouille et le dénude toujours plus. « Tu étais à présent un résident du rien. (…) Tu écrivais. Tu marchais. Tu ramenais de la lande la palpitation du sauvage. » Et puis soudain, il lui fallait revoir le visage de celle qu’il aimait, une jeune fille silencieuse, à la blondeur « vénusienne », une madone irlandaise à la « pudeur voluptueuse », parée d’un magnétisme inavoué, « comme une fiancée parée de voiles transparents aux yeux de tous mais pour les noces d’un seul. » Depuis qu’il l’avait vue – lisant, perchée sur un tabouret haut, dans la boutique où elle travaillait épisodiquement –, son visage l’obsédait. Une passion solitaire, une admiration qui n’avait qu’elle-même à étreindre car il ne sut d’elle que son prénom, Grace, et qu’elle étudiait l’art. Pendant quelques mois, elle fut l’aimée, « plus qu’un rêve, elle fut rêvélation ».
Neuf mois plus tard, il quittait le pays. Mais cet être inaccessible qu’était Grace allait le revisiter par deux fois, d’abord sous les traits d’une inconnue, croisée dans une rue d’Edimbourg, et dont la ressemblance avec Grace tenait du prodige, et un peu plus tard, devant la Vénus anadyomène du Titien. Deux offrandes éphémères, deux instants donnant à vivre « une ampleur inconnue, délivrant une totalité souveraine, reployant l’être sur une secrète complétude ». Comme si rien ne mourait et que cet amour de jeunesse n’avait eu pour but que la révélation du « vivant et vibrant mysterium de la beauté » à travers un visage s’adressant secrètement à lui du fond de l’immémorial. Et Pierre Cendors de se demander quelle réalité invisible « culminait » derrière ces trois visages : Aphrodite ? La Femme de haute nuit ? L’ultime visage du réel ? Un réel semblable à celui qu’imaginait Segalen ? « Le Réel sera le Noir-féminin, masse de nuit » augurait-il, avant d’ajouter : « Le Réel m’a toujours paru très femme. »
Pas de signifié ultime donc, mais un récit qui propose à chacun de rencontrer sa propre singularité, l’autre en soi ainsi que l’amour quand il « signifie également tout autre chose qu’aimer : consentir à la grande nuit qui, du fond de l’inconnu, appelle en nous… »

Richard Blin

Veneris memories, de Pierre Cendors
Quidam, 148 pages, 18

Jouvence inaugurale Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°269 , janvier 2026.
LMDA papier n°269
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LMDA PDF n°269
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