La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Les illusions de l’enfance
Critique cinématographique et ancien directeur de colonies de vacances, Christophe Honoré s’apprête à faire ses adieux à la littérature jeunesse à 30 ans.Le temps de dire de l’enfance ce qui pouvait être dit.Avec justesse.
Christophe Honoré a vingt-six ans lorsque paraît son premier roman, Tout contre Léo. On y découvre P’tit Marcel, dix ans, dernier rejeton d’une famille de quatre frères, dont les trois autres affichent un âge en rapport avec leur taille : ces géants-là ont 17, 19 et 21 ans. P’tit Marcel est leur roi, l’enfant chéri et chouchouté, celui qu’on ne cesse d’embrasser et avec lequel encore on joue...
Ecrire en venaille
Sans vouloir sublimer le réel, la poésie de Pierre Tilman imprègne la mémoire des actes sexuels dans un mélange d’humour, de tendresse et de nostalgie.
Lorsque le lyrisme est devenu impossible à ceux qui n’en ont pas supporté la mièvrerie des années 70, il restait aux poètes l’exploration d’une modernité vite qualifiée de terroriste. Entre les envolées grotesques qui tentaient encore de donner au poète une place entre le ciel et les hommes et l’équarrissage carnavalesque de la langue, certains se sont trouvés passablement à l’étroit. Mais...
Train de nuit
Malgré son titre, on a l’impression, en le lisant, que le nouveau roman de Martin Amis cherche à nous mener en bateau. Jennifer Rockwell, belle comme une princesse et heureuse comme une reine est retrouvée morte, nue, chez elle. Comme elle est la fille du commissaire Tom, ce dernier charge Mike d’enquêter sur ce qu’il refuse de prendre pour un suicide. Pour rester dans le faux-semblant,...
Des mots sur la langue
Amoureuse du texte écrit, Camille Laurens nous transmet son virus dans ce vade-mecum jubilatoire et sensible. Pour que la langue vive !.
Le premier texte qui met en perspective ce recueil est certainement le plus réussi en cela que Camille Laurens s’y dévoile bien plus qu’elle ne le fait ensuite. L’auteur s’y montre femme habitée par le désir, enseignante minée par la passivité des élèves, écrivain enthousiasmé par la langue écrite à laquelle tout le livre est consacré. Si Quelques-uns, qui donne le titre au livre, constitue...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





