La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Le passé dérobé
Une jeune fille découvre que ses parents juifs, durant la guerre, l’ont confiée à celle qui l’a élevée. Quand l’histoire rattrape un destin.
Il est plus que périlleux, pour une jeune romancière, de s’attaquer dès son premier livre à un sujet aussi grave et monumental que celui auquel pourtant s’est attaqué Yveline Stephan. La littérature, on le sait, s’est plus d’une fois arrêtée au seuil des camps de la mort, incapable de continuer à avancer ses mots devant l’horreur absolue. Aussi, le seul résumé du livre convoque le pathos dont...
Un livre
Les Machines de Munari
de
Bruno Munari
Suivez le mode d’emploi
Disparu il y a quelques mois à peine, l’Italien Bruno Munari, né en 1907, aura traversé le siècle et laisser son nom aussi bien au panthéon des graphistes qu’à celui des illustrateurs de livres jeunesse. Ancien membre du deuxième mouvement futuriste, l’artiste aime travailler sur les matières pauvres et, dès 1930, il se fait l’inventeur de drôles machines. En 1948, il crée le mouvement Art...
Partir, c’est vivre encore
Émus, les adultes baissent les yeux et les enfants regardent très fort par les fenêtres. Les petits gestes cachent souvent de grands sentiments.
Les enfants qui vivent dans les romans de Nadine Brun-Cosme n’appartiennent pas à la faune turbulente des voyous, pas plus qu’à celle des tristounets. Comme Sébastien, le narrateur de Le Sourire d’Anaïs, ce sont plutôt des enfants sages. Ce qui ne veut pas dire qu’ils soient calmes, bien au contraire. Les sentiments, chez eux, sont comme les grandes marées d’équinoxe : ils recouvrent tout et...
Faites vos mots
Mots-valises et néologismes en cascade : le texte de Daniel Mermet (brillant homme de radio) embarrassera les parents en quête de rationalité. Qu’on imagine un peu : nous sommes à Trébizonde bien connue pour sa « plage bleue » où felouquent « les grandes coquelourdes flexueuses » lorsqu’arrive, débarquée d’on ne sait où, La Belle Lurette aux charmes redoutables. Il est vrai qu’avec ses...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




