La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Fac-similé
de
Louis Calaferte
Fac-similé
Livre singulier que cet ouvrage tiré à neuf cents exemplaires.Par sa qualité de présentation et par celle de son papier, l’objet exigerait presque une vitrine derrière laquelle jeter le rouge et le noir de sa couverture.Mais, ouvert, la pièce de musée s’avère ressembler à une petite bombe.Les aphorismes de Calaferte qui constituent ce Fac-similé ont cette fraîcheur et cette violente énergie...
Je, viscéralement
Parution, en un volume, de quatre pièces signées Christine Angot. Où la première personne du singulier est toujours le personnage principal.
L’Usage de la vie qui ouvre ce recueil et Même si qui le clôt sont deux monologues d’un personnage nommé Christine Angot. Au centre du recueil : Corps plongés dans un liquide où les protagonistes parlent plus d’eux qu’ils ne se parlent et Nouvelle Vague monologue du personnage Frédéric. Ces deux dernières avaient paru originellement chez Comp’act. La disposition des textes ne respectent donc...
Un livre
12 poètes, 12 voix
de
Joseph Rouffanche
Les apôtres du vers
La lecture de cette anthologie volumineuse provoque admiration et irritation. Admiration devant, plus encore que le travail, la foi dont fait preuve Joseph Rouffanche. L’anthomologiste, non content de choisir des textes parmi les œuvres de douze poètes limousins, accompagne chaque présentation d’un appareil critique conséquent. Surtout, l’ouvrage s’ouvre par une très longue introduction où...
Un livre
L' Oreille absolue
de
Daniele Del Giudice
L’Oreille absolue
Mystérieuses et toujours surprenantes, ces six nouvelles confirment le talent de conteur du romancier italien auquel on doit notamment Le Stade de Wimbledon (1985, Rivages). Le premier récit, par sa construction et son atmosphère, entraîne le lecteur dans une lecture dont il aura du mal à se détacher. Le narrateur a capté un jour une musique étrange qu’il ne peut entendre sans éprouver la...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


