La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Coeur furieux
de
Yves Charnet
Des lambeaux de bio
Depuis son premier ouvrage, Proses du fils, Yves Charnet n’en finit pas d’arpenter son existence, entre prose et poésie. Sans concession.
Enfant de son temps, Yves Charnet n’écrit pas avec le respect des étiquettes. Roman ? Récits ou poèmes ? Ses bouts de textes qui effilochent son nouveau livre interdisent toute classification. Il est vrai que l’identité d’une écriture semble impossible à l’enfant bâtard, au père absent, inavoué puis suicidé. Comme si la littérature pouvait malgré tout reconstituer la famille éclatée, le...
Un livre
Assassinat d’un garde
de
Marcel Cohen
Le roman de l’intuition
Assassinat d’un garde ressemble à la quête sans illusion du sens suprême qui légitimerait nos vies, qui expliquerait notre présence au monde.
Quatorze récits composent le nouveau roman de Marcel Cohen, Assassinat d’un garde. Cela devrait suffire à classer l’ouvrage parmi les recueils de nouvelles. La définition du genre littéraire pourrait n’avoir guère d’intérêt : récit ou roman, on attend d’un livre d’abord qu’il nous touche. Pourtant ici, l’appartenance au genre romanesque a son importance. Le premier et le quatorzième récits de...
Un auteur
La langue pour s’approprier le territoire
Avec ses deux nouveaux ouvrages François Bon gratte le langage là où ça fait mal. Pour rester en contact avec la ville, l’écrivain abandonne le personnage au profit des voix.
Sorti d’usine pour entrer en littérature en 1982, François Bon (cf. lmda N°3) faisait partie de ces écrivains dont le nom se murmure pendant une dizaine d’années par des lecteurs toujours à la recherche d’une autre parole. En 1994, avec Un fait divers (Minuit), le murmure s’amplifiait et l’écrivain touchait un plus large public. Deux villes et un meurtre délimitaient ce roman fort, où, déjà,...
Un éditeur
Cadex : une maison sous l’influence de l’amitié
En treize ans, Gérard Fabre a bâti de ses mains une maison où le texte bref et la poésie règnent sans partage.Les auteurs y viennent s’attabler devant de grands plats de pâtes. En réelle amitié.
Gérard Fabre est l’éditeur le plus connu de Saussines. Ce village de 500 âmes entouré de garrigues et de vignes, proche du Gard, vit autour de sa mairie-école où piaillent pas mal de gamins. La maison des éditions Cadex se trouve à la sortie du village, en retrait de la route, comme il convient à cet éditeur discret. La petite maison abrite la famille de Gérard Fabre devant laquelle deux...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

