La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Prétexte N° 17
Un bon prétexte à lire
Revue de réflexion et d’information sur la littérature contemporaine, Prétexte cherche à faire émerger le sens de toute œuvre digne d’intérêt.
Difficile de ne pas suivre Prétexte dans ses choix éditoriaux. On croise ainsi, au fil des dix-sept numéros parus bon nombre d’œuvres d’écrivains dont nous nous sommes fait l’écho ici même. De Christian Prigent, Antoine Volodine, Erri de Luca, Bernard Noël, Claude Louis-Combet et beaucoup d’autres, Prétexte donne à lire aussi bien des textes critiques, des entretiens que des dossiers. C’est...
Un auteur
La folle littérature d’António Lobo Antunes
On ne connaissait de sa première trilogie qu’un titre, Le Cul de Judas qui évoquait la guerre d’Angola. Parution pour la première fois en français des deux autres volets où la folie apparaît comme la meilleure Connaissance de l’enfer.
En 1973 j’étais revenu de la guerre et je savais ce que c’était que les blessés, le glapissement des gémissements sur la piste, les explosions, les tirs, les mines, les ventres écartelés par l’explosion des mines, je savais ce que c’était que les prisonniers et les bébés assassinés, je savais ce que c’était que le sang répandu et la nostalgie, mais on m’avait épargné la connaissance de...
Des livres
Correspondances
de
Bernard Noël
L' Espace du poème : entretiens avec Dominique Sampiero
de
Bernard Noël
Mon cher Georges…
Cinq livres signés Bernard Noël prolongent une œuvre exigeante de pensée et de cœur.Sa correspondance avec Georges Perros en est la preuve.
Le 7 mai 1960, Bernard Noël, ému par sa lecture de Papiers collés écrit à Georges Perros une lettre pleine de respect : « Comment parler quand on voudrait entretenir avec l’œuvre qui vous a bouleversé quelque chose comme le dialogue de la vague et du rocher ? » Phrase visionnaire qui indique déjà l’impossibilité pour toute correspondance de briser totalement l’absence : « J’ai lu votre livre,...
Un livre
Ida invente la poudre
de
Anne Weber
Ida, cousine d’Alice
Ecrit sous influence du non-sens des écrivains anglais de la fin de siècle, ce premier roman est assez réjouissant. Anne Weber nous présente Ida à travers de très courts chapitres, drolatiques pour la plupart, dont les titres font penser à des contraintes données, non pas à l’auteur, mais à sa création. Ainsi Ida invente la poudre, chapitre qui donne son titre à l’ensemble, nous montre cette...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


