La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Simploque le gitan
de
Jean-Pierre Cannet
Simploque le gitan
Ciseleur de courts textes et de nouvelles, Jean-Pierre Cannet s’essaie pour la première fois au roman. Si l’on retrouve la qualité baroque du langage de l’auteur de La Lune chauve (Aube, 1991) ou de Bris de guerre (Dumerchez, 1992), le souffle et surtout la charpente de cette architecture plus volumineuse manquent à son récit. Alliant la gouaille à un lyrisme échevelé, l’auteur dresse le...
Un livre
Les Yeux secs
de
Arnaud Cathrine
L’héritage sanglant
Deux enfants se cachent contre les cadavres de leurs parents pour échapper à la milice. Le premier roman implacable d’un auteur de 24 ans.
n ne sait pas exactement quand a commencé la guerre civile. Ni pourquoi les voisins, les amis sont devenus très vite des ennemis, des délateurs ou des héros qu’on imagine soit morts soit en cavale. C’est la guerre, comme un organisme vivant, quelque chose qui ronge les murs des ruines dehors, qui malaxe les intestins noués par la peur. C’est la guerre comme un secret d’adulte trop longtemps...
Des livres
L' Homme qui penche
de
Thierry Metz
Terre
de
Thierry Metz
Entre le silence et le cri
En avril 1997, Thierry Metz se suicidait. Les deux recueils qui paraissent montrent la difficulté à témoigner, par l’écriture, d’une expérience inouïe.
Je dois tuer quelqu’un en moi, même si je ne sais pas trop comment m’y prendre. » L’homme qui écrit ceci, en octobre 1996, alors qu’il entre en asile psychiatrique, décidera de mourir au printemps suivant. On ne cesse de penser au suicide de Thierry Metz lorsqu’on lit L’Homme qui penche. Bien que les éditeurs présentent ce journal avec discrétion et pudeur, difficile de ne pas voir que...
Un livre
La Guerre
de
Bernard Noël
La Guerre
Belle typo au plomb, papier doux au toucher et forme carrée du livre démentent la violence pourtant contenue dans ce bref récit de Bernard Noël. La Guerre est un cauchemar où le capitalisme ayant poussé sa logique au-delà du supportable a fini par faire de l’homme sa propre production. Que se passe-t-il quand la guerre s’empare, non pas des nations, ni des peuples, mais de chaque...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

