La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Le rituel de Jouanneau
Metteur en scène et écrivain, Joël Jouanneau s’est emparé de la pièce de Serena avec la certitude de monter là un texte essentiel.
Il n’est pas surprenant que Joël Jouanneau ait voulu mettre Rimmel en scène. Dans le numéro 42 de la revue Limelight, il rapprochait L’Idiot de Dostoievski de L’Institut Benjamenta de Walser, deux pièces qu’il monta. Quels rapports entre elles ?Deux scènes identiques qui voient deux hommes (Rogojine et Mychkine dans L’Idiot) bavarder auprès du cadavre d’une morte.Dans Rimmel, nous assistons à...
Un auteur
Les funérailles du romantisme
Dans sa première pièce, Jacques Serena écrit au charbon.Mais sous les traits noirs de sa toile, la lumière parvient à se glisser.Grâce aux femmes.
Deux corps, une forme. Une forme qui se révélera finalement être un corps, vaguement féminin si l’on en croit les didascalies ; vaguement vivants, les corps. Un matelas de mousse, jeté sur le sol. Une fenêtre derrière laquelle on peut imaginer des parties de tennis, plus bas, entre des filles en jupe ou des poursuites de voitures, dans les rues. Un sac rouge. De fille. Le décor planté par...
Un auteur
La scène au bout de la nuit
L’œuvre de Jacques Serena est comme une immense entreprise de lucidité. Pour toucher au plus juste de la condition humaine, l’écrivain pousse ses personnages au bout de leur nuit, à l’heure où toutes les armures tombent pour une quête cruelle.
La scène est plongée dans un noir semblable à celui de la salle. Une pénombre dans laquelle, tout à l’heure s’est jouée une étrange messe noire : la reconstitution d’un cocuage. Avec les mêmes mots, tout le temps, les mêmes gestes, les mêmes tentatives encore de décider du contenu des choses. Il y avait Verne, Sellam et Paffgen.
Maintenant, Elle, puisqu’elle n’a pas d’autre nom, soliloque...
Un auteur
Il est Minuit depuis toujours
Epinglés devant le bureau, des photos de Karen, un cliché de Jean-Louis Martinelli, des images des docks signées Jean-Baptiste Harang et le portrait de chaque étudiant du T.N.S. accompagnent l’écrivain dans l’espace confiné de son cabanon. Les livres sont là aussi. D’abord, sur la droite du bureau, trois rangées d’ouvrages de poche courent sur plus d’un mètre. Au-dessus et sur une même...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

