La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
F. Scott Fitzgerald, biographie
de
Matthew J. Bruccoli
L’homme aux ailés brûlées
Savez-vous quand Francis Scott Fitzgerald but pour la première fois un whisky ? C’était en mars 1913, le jeune homme n’avait pas encore 17 ans mais possédait une riche arrogance. Le détail paraît futile, il montre du moins avec quelle exigence de précisions, Matthew J. Bruccoli s’est attelé à sa tâche de biographe. On suit donc l’auteur de Gatsby le magnifique depuis sa naissance le 24...
La grande cène du monde
Nommer c’est créer. Fort de ce credo, Valère Novarina convoque plus de trois mille bouches pour manger le monde tout en le créant. Gigantesque.
Il faut lire Valère Novarina à voix haute. Laisser le ventre, puis les poumons éjecter ces mots que lisent nos yeux. Il faut y aller franchement, comme on plongerait dans une piscine. Ne pas s’arrêter tout de suite au déchiffrage, à la quête du sens. Novarina écrit d’abord en rythmes, en sonorités. Ses phrases rebondissent de césures en rimes, d’alitérations en inventaires. Il faut s’y...
Un livre
La Vie le fard de Dieu
de
Charles Duits
De la lumière à la pénom
Poursuite par Le Bois d’Orion de l’exhumation de l’oeuvre de Charles Duits, poète et voyant, qui durant quatre ans a tenu un journal d’une rare exigence.
Après La Conscience démonique et Le Pays de l’éclairement (cf MdA N°8), Le Bois d’Orion livre pour la première fois l’intégralité du journal de Charles Duits, poète encensé par Breton, mort en 1991.
Comme tous les journaux, La Vie le fard de Dieu oscille entre la rigueur d’un projet d’écriture et la tentation de préserver la mémoire du quotidien. Ces quatre années, de 1968 à 1971, montrent...
Un livre
Le Puits d’exil
de
Armande Gobry-Valle
Mis entre parenthèses
Entre la Métamorphose et Le Procès de Kafka, le troisième roman d’Armande Gobry-Valle dépouille l’être de ce qui le relie aux autres. L’enfer.
Un homme, instituteur marié et père de famille infidèle, est enlevé un jour de février par des ravisseurs cagoulés. Jeté dans une sorte de cuve froide, il va vivre un enfermement humiliant sans savoir ni par qui ni pourquoi il a été enlevé.
Le Puits d’exil ressemble à un défi. Armande Gobry-Valle, dont la technique d’écriture - s’incarner dans le personnage - s’apparente au travail d’une...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


