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mars 1995 | Le Matricule des Anges n°11 | par Thierry Guichard

Entre la Métamorphose et Le Procès de Kafka, le troisième roman d’Armande Gobry-Valle dépouille l’être de ce qui le relie aux autres. L’enfer.

Le Puits d’exil

Un homme, instituteur marié et père de famille infidèle, est enlevé un jour de février par des ravisseurs cagoulés. Jeté dans une sorte de cuve froide, il va vivre un enfermement humiliant sans savoir ni par qui ni pourquoi il a été enlevé.
Le Puits d’exil ressemble à un défi. Armande Gobry-Valle, dont la technique d’écriture - s’incarner dans le personnage - s’apparente au travail d’une actrice, a plongé son narrateur dans une situation extrême. Comment rendre compte d’un enfermement total, absolu ? Comment vivre par l’écriture ce qui déjà est invivable ?
Pour que l’expérience soit possible, il faut éliminer les anecdotes, les détails dont la vision détournerait l’attention. On ne sait presque rien de notre narrateur, sinon qu’il a été enlevé, qu’il ne sait pas pourquoi, qu’il n’a plus aucun contact avec l’extérieur, presque pas avec ses ravisseurs. Il est seul. Dans un lieu nu. Oublié. « En fait, je suis dans ma parenthèse, mort au milieu de ma vie, depuis un temps et pour un temps impossible à compter ». Sa détention est comme un coma éveillé. Incapable de s’adresser à ses geôliers, incapable de tenter une fuite, il ne fait rien que marcher dans sa « boîte » et gamberger dans sa tête.
Le danger eut été alors de sombrer dans un lyrisme hystérique, de nourrir artificiellement cette non-action. Armande Gobry-Valle, en équilibre sur le fil de l’émotion avec son précédent roman Un Triptyque, parvient une nouvelle fois à ne pas glisser du côté de la sensiblerie. Plus étonnant encore, Le Puits d’exil se lit d’une traite, à un rythme effréné, enfiévré. L’écriture, d’une simplicité qui semble en effacer la trace, nous aide à nous fondre (plus qu’à nous identifier) avec la victime du rapt. On regrettera peut-être les éléments réalistes jetés rapidement en pâture, le nom même du héros, Daniel Lejeune, si stéréotypé, son côté machiste (amant d’une rousse), le peu d’épaisseur de sa femme dont on ne connaît que le prénom, Marthe. C’est comme s’il fallait gommer tout particularisme, comme si l’abstraction de la situation seule comptait. En divisant son récit en trois actes, un prologue et un épilogue, l’auteur semble décliner un théorème abstrait, une décomposition lente de la notion même d’identité. Le personnage déjà n’existe pas (un nom transparent, un archétype), au-delà donc, c’est l’être même qui est miné dans ses actes et dans ses rêves : « j’entre dans l’eau et je me laisse envelopper, lécher, fouetter, mon corps est mou, ma pensée nulle, mon souffle suspendu, la mer me déguste, m’absorbe, me digère : je n’ai enfin plus besoin d’être ».
Le choix de la narration à la première personne jette le trouble. Car enfin, que sait-on objectivement des faits ? Rien. Tout nous est donné à travers le témoignage d’un homme incapable d’établir le moindre contact avec les autres. Daniel Lejeune est peut-être fou. Son histoire, alors, ne serait pas celle qu’on lit. Cette histoire, peut-être, n’existe pas. Le théorème d’Armande Gobry-Valle, en trois axiomes, aboutit à une équation nulle. Mais pour nous faire toucher le néant, ce court espace infini entre la folie et la mort, il manque peut-être au roman une ambition plus grande. Une mécanique de la langue qui déshabillerait plus encore le narrateur. Car dans son dénuement, dans l’obscurité de sa détention, on entend encore sa voix ; et cette voix, dans sa façon de se mettre en scène, de se garder au monde est comme une lumière, où les phalènes que nous sommes, aiment à voir le feu de la vie.

Le Puits d’exil
Armande Gobry-Valle

Viviane Hamy
126 pages, 85 FF

Mis entre parenthèses Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°11 , mars 1995.
LMDA papier n°11
6.50 €