La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
La Mer des mamelles
de
Alain Ferry
Par tous les seins
Le deuxième roman d’Alain Ferry est nourri aux seins et à l’encre de la littérature. Ses six cents pages joufflues témoignent de la qualité du régime.
Avec La Mer des mamelles, Alain Ferry gagne son entrée dans la confrérie des fous littéraires. Voilà en effet un érudit de première, grand amateur de seins et de littérature qui n’hésite pas à mobiliser quelques centaines d’écrivains, pour chanter avec eux ses deux amours. Si le projet peut paraître léger, il faut croire que la matière mammaire conduit facilement à la prolixité. La Mer des...
Un auteur
Claude Louis-Combet : de la prière à la mythobiographie
Ecrivain de l’expérience intérieure, Claude Louis-Combet voit dans la littérature comme le questionnement d’une quête spirituelle. Son nouveau roman possède la beauté d’un oratorio.
Avec un recueil d’articles critiques, de courts essais, chez Deyrolle et un nouveau roman chez Corti, Claude Louis-Combet ravira tous ses aficionados qui, s’ils ne sont pas aussi nombreux qu’une telle œuvre le mériterait finissent par constituer un happy-few fort respectable.
Blesse, Ronce noire qui relate la relation incestueuse entre le poète Trakl et sa sœur Gretl, marie magistralement...
Un éditeur
Champ Vallon : de recueil en recueils
Depuis 1983, les éditions Champ Vallon délimitent, livre après livre, un territoire l littéraire intimiste. A l’origine de ce défrichage, une revue, Recueil, que Patrick Beaune, le directeur des éditions utilise comme un creuset.
C’est une belle librairie que l’on découvre lorsqu’on pénètre, par une petite rue, sur la place de Seyssel (Ain) d’où s’échappe la rue Guérin qui abrite les éditions Champ Vallon. Anachronique avec ses lourds volets bleus, la librairie est fermée comme la plupart des autres commerces en ce lundi de janvier. Avec deux maisons d’édition (Champ Vallon et Comp’act qui toutefois vient de déménager...
Des livres
Requiem
de
Antonio Tabucchi
Trois Derniers Jours de Fernando Pessoa, un délire
Illustration(s) de Julio Pomar
de
Antonio Tabucchi
La ligne claire du rêve
Celui qui écrit une biographie se confronte à une réalité délimitée par des faits tangibles avérés et balisés par un acte de naissance d’abord, de décès ensuite. Le biographe garde ainsi une distance salubre entre lui et son sujet et ce qui en sort, la biographie donc, reste dans le domaine du rationnel. Or, le rationnel, Antonio Tabucchi a tendance aujourd’hui à s’en méfier. Avec Requiem...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


