La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un éditeur
Un vent nouveau
Difficile de ne pas remarquer les livres produits par une jeune maison d’édition : éolienne dont le travail soigné met de très beaux textes à la portée de tous. Sortie notamment de Huttes à la lisière de Luc Dietrich.
Ici, un bonhomme de terre cuite pointe son museau à travers une découpe ronde sur la couverture du roman d’Isabelle Duval Un Homme à la mer (mai 1994), là le dessin coloré d’un roi couronné, apparaît à travers la découpe de la couverture de L’Enfance de Salomon de Claude-Henri Rocquet (décembre 1994) ; pour La Finale de la coupe du monde d’Alain Adaken (mai 1994), le lecteur a droit à un...
Un éditeur
Jacques Brémond : un éditeur dans ses papiers
Installé entre Nîmes et Avignon, l’éditeur Jacques Brémond fête ses vingt ans d’édition. Résolument tournée vers la poésie, sa maison se distingue par un travail singulier sur le papier et la typographie. Rencontre avec un artisan-éditeur.
Le chant des cigales, l’intensité d’un soleil plombé et la nonchalance du Gardon qui coule au seuil de la belle maison du XIXe siècle qu’il habite inciteraient plus Jacques Brémond à la sieste qu’au travail. Barbu comme un pâtre grec, élancé comme ces pins du Sud qui bordent les vignes, l’éditeur épouse le rythme d’une vie sous la canicule. A tel point que ses services de presse proposent...
Un auteur
Un appel au coeur
Eric Holder évite de parler de son travail. La littérature s’échange de lecteur à lecteur. Aussi l’écrivain est-il plus prolixe lorsqu’il s’agit d’évoquer « les anciens » et même « les modernes » dont parfois, il s’inspire.
Mener une interview avec Eric Holder, c’est s’exposer aux digressions de la conversation. L’écrivain n’aime pas tant parler qu’écouter son interlocuteur. Une bouteille de rouge sur la table, le feu dans la cheminée, les chats et le chien de la maison ensommeillés sur un fauteuil ou un tapis ; il faut s’accrocher à son carnet de notes pour garder le fil de l’entretien. Dans ses réponses...
Un auteur
Eric Holder : la fraternité à l’usage du temps
Prix Novembre 1994 avec La belle Jardinière, Eric Holder est comme les grands vins. Il se bonifie chaque année un peu plus. Jeune, il offrait toute sa générosité jusqu’à irriter un peu le palais. Mâture, il est si dépouillé que loin d’étancher la soif, il la suscite. Parution de L’Homme de chevet.
Dans cette partie de la Brie, le printemps tresse un maillage de vert et de jaune, où le colza jette les feux d’un soleil absent du ciel. La route, après Coulommiers, enfile quelques virages, parce qu’il lui faut bien trouver à s’occuper. Le vent fait ondoyer la terre. En limite de la Seine-et-Marne, Thiercelieux s’est offert un peu de célébrité. Même s’il n’y a que les lecteurs attentifs...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

