La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Les athlètes de la foi
Le nouveau et étrange roman de Joël Baqué nous convie à vivre démunis dans le désert Syrien au Ve siècle, à l’ombre de Syméon le stylite et de son biographe Théodoret de Cyr. Deux adeptes de l’austérité si radicale qu’elle nie l’humanité.
On est loin du village de Montblanc (Hérault) où se déroulait La Mer c’est pas grand-chose (P.O.L, 2016), loin aussi des manchots empereurs de La Fonte des glaces (P.O.L, 2017). L’Arbre d’obéissance qui paraît cette année, se situe pour l’essentiel dans un désert écrasé de chaleur, abandonné de Dieu si Dieu a jamais existé. Quelques villages de misérables éleveurs sont disséminés à ses...
Pourquoi les hommes fuient ? de Erwan Larher
Jane est le genre d’héroïne dont, lecteur ou lectrice, on tombe facilement amoureux. Championne de la démerde, elle a le physique de sa jeunesse, l’énergie de son insouciance et possède les codes des milieux divers où elle croise, tranchante comme un riff de guitare. La seule chose qu’elle ne possède pas : un père, rocker durant les années 80-90 et qui a disparu, s’est volatilisé. Et comme sa...
Ne plus s’en laver les mains
Romancière et essayiste, Dominique Sigaud plonge le fer de son écriture dans les plaies vives de nos sociétés. Son nouvel opus met en lumière les crimes commis à grande échelle contre les filles et le silence qui les entoure.
C’est à un défrichage que La Malédiction d’être fille peut faire penser : cette manière urgente de nettoyer un champ, d’y rendre possible un retour à la vie. Le champ ici est à l’échelle de la planète. Il n’est pas fait de terre, cailloux, et herbes. Il est constitué d’humains : d’hommes, de femmes, d’enfants. De garçons et de filles. De bourreaux, de victimes et de millions de Ponce Pilate....
Un auteur
Toutes nos vies à écrire
L’ambitieux projet d’écrire à la croisée de Proust et Joyce auquel Santiago H. Amigorena s’attelle depuis quarante ans enjambe des gouffres où l’humanité a chu. L’intime naît parfois de l’universelle douleur.
Bâtie sur les plans d’une cathédrale d’encre, l’œuvre de Santiago H. Amigorena s’auto-génère comme une métastase vivifiante. Passée aux cribles conjugués de la mémoire et de la littérature, la vie de l’exilé y trouve sa véritable terre d’accueil : celle du langage réapproprié. Autour du navire amiral, l’écrivain a disposé des romans qui escortent l’odyssée intime. Mais Le Ghetto intérieur,...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





