La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Une Europe des peuples
Écrivain prolixe à la parole généreuse, Emmanuel Ruben, à travers poèmes, romans et essais, délivre le diagnostic inquiétant de la maladie européenne. Quand écrire permet de mieux voir.
On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent / Mais on ne dit jamais rien de la violence / Des rives qui l’enserrent » écrivait Brecht et son poème nous revient en mémoire. Non pour évoquer le Danube, le Rhône ou la Loire chers à Emmanuel Ruben, mais pour se prémunir de contenir la parole de l’écrivain, qui, comme son écriture, tente d’embrasser dans un souffle le proche et le...
Un auteur
L’écrivain zyntarien
Enfant des écoles de la république et créateur de la Zyntarie, Emmanuel Ruben est un arpenteur insatiable du monde. Avec la géographie, l’Histoire et la littérature pour boussoles.
Depuis son premier livre publié en 2010, Emmanuel Ruben n’a cessé d’écrire : romans, essais récits, textes hybrides. Neuf livres en à peine neuf ans. Et de dessiner. Et de peindre. Et de voyager. Boulimique de la vie, il publie en ce mois de mars un livre fleuve, un de ces ouvrages susceptibles de faire date : Sur la route du Danube a été écrit après avoir passé quarante-huit jours sur un...
Rendez-vous avec l’Histoire
S’abreuvant aux révoltes paysannes des siècles passés, Éric Vuillard déterre les fondations d’une guerre dont les feux brûlent encore. En écho aux samedis jaunes.
C’est une lecture envoûtante à laquelle nous convie le nouvel opus d’Éric Vuillard : on y entend sans faiblir rugir l’actualité sous le récit de révoltes anciennes. « Pourquoi le dieu des pauvres était-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches, sans cesse ? » se demande Thomas Müntzer, le prédicateur à l’origine de la guerre des paysans au XVIe siècle, figure centrale de ce récit....
Un dossier
La littérature nous sauvera
Le continent de tous les continents
Depuis vingt-six ans qu’on interroge les écrivains sur le rôle que, pour eux, la littérature joue, nous avons voulu, pour ce numéro spécial donner la parole aux lecteurs que nous sommes. Comme le sont aussi ces « passeurs » (essayistes, traducteurs, éditeurs…) que nous avons sollicités.
Certes, 200 livraisons du Matricule ne font pas un anniversaire. Mais des souvenirs, si. Souvenirs de lectures, souvenirs de rencontres, de joies, d’empoignades, de désespoir parfois, de pannes informatiques, de mises en page nocturnes sur un écran 9 pouces en noir et blanc, au siècle dernier. Puisqu’il paraît que c’est au moment de mourir que défile le fil de toute une vie, Le Matricule...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



