La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Crac de Jean Rolin
Prétextant s’être baigné à Dinard depuis la même plage que celle que fréquenta Thomas Edward Lawrence cinquante ans avant lui, Jean Rolin, pour lequel tout prétexte au voyage est bon à suivre, décide de mettre ses pas dans ceux de Lawrence d’Arabie. Plus exactement : de partir à la découverte des 35 châteaux médiévaux visités par le jeune Thomas Edward autour de l’année 1909 (et ensuite en...
Un auteur
« Faire advenir l’espéré »
Écrits avec beaucoup de respect pour la littérature, les trois romans de Bertrand Belin esquissent une œuvre à l’éthique droite et entière qui n’exclut pas le mystère. Et donne ce sentiment de voir peu à peu un monde s’ouvrir.
D’un premier album (aux accents de Vian et Gainsbourg) à Persona qui sort fin janvier, l’écriture des textes des chansons de Bertrand Belin a pris un chemin qui va vers une forme de plus en plus épurée. De Madeleine (in Bertrand Belin) et sa « maison basse aux parfums d’hiver/ brûlante soupe, fumantes tasses » à Sur le cul (in Persona), « Il y avait un homme/ ce matin/ sur le cul », la langue...
Un auteur
Fable pour des temps nouveaux
Dans ce roman énigmatique où de grands fauves échappés d’un cirque font peser sur une ville la menace invisible du désordre, Bertrand Belin joue magistralement avec la langue. Et notre plaisir.
De premier qui s’avance et traverse la porte-tunnel qui tient lieu d’entrée et de sortie de ville, c’est « le récemment promu ». Individualiste bedonnant, il se rend à l’exposition de peintures de son frère détesté. C’est un capitaine d’industrie de province qui, à force de courbettes et de coups de gueule est parvenu à prendre la direction de « l’entreprise de boulons, ressorts, clous, roues...
Un auteur
L’autodidacte multicarte
À la sortie d’une enfance aux genoux écorchés, Bertrand Belin a découvert la musique d’abord, la littérature ensuite qui lui ont permis de déployer ses ailes. Un nouveau roman, un nouvel album et un film sortent ce mois-ci.
C’est un Paris de carte postale, le Paris à partir duquel Hollywood colore ses comédies romantiques. Le Moulin rouge se dédouble ici en Moulin de la galette, les serveurs des cafés portent le béret et des Japonais rieurs font des photos. On monte la butte, on salue à main droite la vigne de Montmartre et, en face, on redescend la rue et ses escaliers, on passe de l’autre côté, on laisse les...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



