La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Je veux regarder longtemps leurs visages
de
Thomas Vinau
Je veux regarder longtemps leurs visages de Thomas Vinau
La photo s’étend sur une double page. Trois fois. Les visages sont à peine visibles d’abord, la photo filigranée sur les pages de titre. Puis ils apparaissent pleinement, trente-et-un enfants sous un ciel de printemps, assis, couchés, à genoux ou debout sur une herbe rase. Ces visages, ces corps d’enfants, le texte de Thomas Vinau vient les chercher sur la photo pour les poser sur le papier....
L’archipel des ombres
Le nouveau roman de Thierry Froger a quelque chose de crépusculaire, comme si ce dernier opus traversé par la figure de Rose était une manière de clore toute une vie.
On l’avait découverte jeune amoureuse du J.-L.G., le Godard qui planchait sur la révolution française et s’était pour cela rapproché de Jacques, l’ami historien, le père de Rose. Dans Sauve qui peut (La Révolution) Rose était le soleil et la rosée, ses jambes fines éclairant les coins et recoins de l’île fluviale de Chalonnes (chère à l’auteur, cf. Lmda N°196). Sa mère, révolutionnaire...
Un auteur
Voix de femmes
La collection Quarto propose de retrouver les romans et novellas de Jim Harrison qui font la part belle aux héroïnes. Dont l’immense Dalva.
Ce n’est pas la moindre des qualités de Métamorphoses : faire un choix dans l’extrême diversité de l’œuvre de Jim Harrison composée de romans, novellas, poèmes, chroniques, essais. Sans parler des scénarios. Brice Matthieussent son traducteur et complice français s’est attelé à la tâche. On n’aurait pas imaginé un tel volume sans Dalva, œuvre aussi dense que bouleversante, roman de toute une...
Un auteur
L’ami américain
Écrivain, éditeur, spécialiste de la littérature américaine, Brice Matthieussent est le traducteur de Jim Harrison. Et signe l’édition de Métamorphoses dans la collection Quarto.
Brice Matthieussent est un témoin privilégié : comme Gérard Oberlé, il eut le bonheur de partager quelques copieux repas avec Jim Harrison. Comme Christine Campadieu, il lui rendit visite outre-Atlantique et l’accompagna de nombreuses fois dans ses tournées promotionnelles en France. De surcroît, il traduisit l’essentiel d’une œuvre majeure de la littérature américaine, mondiale. Une manière...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



