La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Faire poésie de tout bois
Elle trimballe partout un carnet de notes pour saisir au vol un mot, une expression. Comme son père avec les choses abandonnées, Valérie Rouzeau recycle les choses entendues ou lues, pour dire la vie sensible en poésie.
Elle s’effraie d’un mot posé au cœur d’une question comme s’il était une menace, un chien de l’enfer prêt à la mordre dès qu’elle commencera à répondre à la question. Elle le dit : « là le mot schizophrénie, il me bloque, je ne suis pas schizophrénique ». Plus tard, durant l’entretien qui se déroule par l’envoi de mails successifs, elle lance une alerte, signale que son cerveau n’est plus...
Un auteur
Drôles de dames
Le nouveau livre de poèmes de Valérie Rouzeau joue avec les mots, met en scène trois facettes de sa personnalité et célèbre la complicité des poètes lus et aimés.
Si le livre est une scène, voici qu’elles entrent et elles sont trois. Valérie, tête en l’air, la Rouzeau qui tire le fil des mots pour en faire des pelotes légères et la petite dame, donc, apparue d’un coup dans la voix commerciale d’un marchand de quelque chose. Trois personnages en une. « La petite dame n’existe pas/ Voilà pourquoi Valérie l’invente/ En train de déplacer trois fois douze...
Un auteur
Cheminer en poésie
Fidèle au milieu social très modeste d’où elle vient, Valérie Rouzeau n’a eu de cesse de semer, tel le Petit Poucet ses cailloux, des poèmes qui le relient à une enfance éternelle.
La réédition en poche d’un livre de poésie contemporaine n’est pas si fréquente que ça. Sauf quand il est signé Valérie Rouzeau. La poétesse (elle n’aimait pas en 2012 qu’on utilise ce féminin-là, lui préférant le terme de poète quitte à en féminiser l’article, mais désormais elle use des deux termes, poète ou poétesse) a l’habitude des rééditions. Après le révélateur Pas revoir paru d’abord...
Conte de la folie ordinaire
En se jouant des codes de l’autofiction, le nouveau roman de Loulou Robert pousse l’exploration de la démence jusqu’à l’incandescence. En miroir à celle de notre époque.
La narratrice de Déshumaine emprunte quelques-uns de ses traits à celle qui lui prête voix dans son septième livre. Épouse d’un romancier, venue du monde du mannequinat et de la mode à celui de la littérature, elle a quitté Paris pour une ville où coule la Loire et où les Halles regorgent de comptoirs bio. Mais, à l’instar de l’héroïne de Christine Angot dans Léonore, toujours, la jeune...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


