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Domaine français Transparaissez !

août 1999 | Le Matricule des Anges n°27 | par Thierry Guichard

Michel Surya articule une réflexion qui permet de mieux lire la fin de siècle. On en sort revigoré par la beauté de la langue et par la force de la pensée.

De la domination

Il y a la pensée et il y a la langue. Inextricablement liées. À tel point qu’on se demande, à lire Michel Surya, ce que l’une doit à l’autre, et inversement. Intellectuel, directeur de la revue Lignes, biographe de Georges Bataille et auteur de quatre récits, Michel Surya fait partie de ces écrivains qui déploient sur le papier la mécanique impeccable de leur réflexion. Encore qu’ici, dans cette série de 197 variations ou plutôt de pensées (l’auteur cite Pascal en exergue), la phrase assène toute une série de démonstrations qui claquent comme des coups de fusil.
Si le sujet de l’ouvrage prend sa source dans les « affaires » qui ont rythmé les dernières années de la vie politique (mises en examen de ministres, etc.) son intérêt n’est en rien lié à l’actualité. Il se trouve au contraire que chaque variation de cet essai décape du quotidien tout ce qui fait de lui une entreprise de lobotomisation appuyée par une langue appauvrie propre à poser des œillères sur nos yeux. D’où la nécessité, pour révéler ce qu’on croyait voir, d’une langue précise et implacable.
De la nomination part de l’hypothèse que les « affaires », loin d’affaiblir le capital, inaugurent le concept de « transparence » et que « tout invite à dire que la transparence est cela même que met momentanément en place la domination pour augmenter d’autant son empire ».
Première pierre posée par le langage lui-même : « l’affirmation selon laquelle le capital se serait laissé corrompre dit en réalité ceci : qu’il peut ne pas l’être ». Ce qui s’énonce plus loin et à propos du pouvoir : « Accusant ceux qui abusent du pouvoir, n’accusant qu’eux, on absout en effet ceux qui n’en abusent pas. Comme s’il devait être maintenant acquis que disposer d’un pouvoir ne constitue pas un abus en soi. » Le plus effrayant c’est bien l’évidence avec laquelle nous est dit combien le pouvoir sait qu’il ne sera pas mis en doute à partir du moment où il indique lui-même les abus dont il est capable. « La domination n’aura bientôt plus rien à réprimer, dès lors que nul ne réprimera plus le désir qu’il a de la domination » : et nous voici entre 1984 et Le Meilleur des mondes.
Tirant les fils de sa réflexion, Michel Surya montre la prise de pouvoir de deux corporations : les juges et les journalistes. La transparence, en effet, nécessite le jugement et sa diffusion, sa communication. On pense alors au Salo de Pasolini (et donc à Sade) où l’on voit quatre représentants du pouvoir (bourgeois, homme d’église, politique et juge) violer et tuer les adolescents qu’ils tiennent sequestrés. Si Pasolini inscrit son film dans l’histoire fasciste de l’Italie, Michel Surya, sans en faire le centre de son ouvrage, rappelle que « le capital sait aussi être fasciste (…). C’est-à-dire qu’il l’est chaque fois que ne lui restent que les moyens politiques du fascisme pour continuer d’assurer ceux de sa domination ». Et d’évoquer la justice : « Requérant un jour contre les « crimes » de la Résistance. Requérant le suivant contre ceux de la collaboration. Toujours partie prenante de la domination en place, quelle qu’elle soit. »
Que ce soit l’affaire du dopage ou le mouvement social de 1995, ce qui nous en est dit éclaire la responsabilité que chacun a du règne de la domination. Et si Surya ne propose pas vraiment de moyen de s’en affranchir, il indique toutefois la radicalité du geste révolutionnaire qu’il y aurait à accomplir. Quand la pensée se fera action.

De la domination
Michel Surya

Farrago
99 pages, 98 FF

Transparaissez ! Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°27 , août 1999.
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