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Domaine étranger Le monde selon Batchelor

novembre 1992 | Le Matricule des Anges n°1 | par Thierry Guichard

Les nouvelles Aventures de la comète de Halley se déroulent en 1986. Batchelor y décline tous les ingrédients du récit médiéval : harpie, joute et esprit chevaleresque. Foisonnant.

Nouvelles Aventures de la Comète de Halley

Si au Moyen-Age, I’ homme s’apprêtait à découvrir de nouveaux horizons terrestres, c’est vers l’espace qu’aujourd’hui il se tourne. Avec, peut-être l’idée de trouver une réponse à ses angoisses métaphysiques. Le deuxième roman de John Calvin Batchelor traduit en français, Nouvelles Aventures de la Comète de Halley est, comme souvent dans cette littérature américaine, un livre-monde, au sein duquel les personnages cherchent encore un sens à l’existence. Effert Broadsword, fils rejeté d’une richissime famille de Manhattan, joue les Don Quichotte dont la dulcinée pourrait, l’alcool aidant, faire penser à la Sue Ellen d’un Dallas littéraire. Mu par une métaphysique de Comics ou de S-F, qui lui fait voir en la Comète de Halley le véhicule d’un futur messie, Effert Broadsword tente de déjouer les plans de la très puissante Means Corporation. Les projets secrets de ce trust industriel semblent tournés vers l’espace et vers cette fameuse étoile qui tous les 76 ans vient rendre visite au ciel terrestre. Pour l’anniversaire de Means VII, despote misanthrope dont l’orgueil n’a de comparable que la richesse, la famille a organisé une énorme fête avec joutes, course de chevaux et concours de tir à l’arc. Effert Broadsword, véritable Richard Coeur de Lion de retour de croisade, remporte le concours de joute, où les chevaliers se doivent d’avoir une lance d’une longueur proportionnelle à leur verge. Impossible de tricher, le vainqueur se fait « examiner » par la dame de son choix. Cette victoire d’Effert marque le retour de l’enfant prodige, seul personnage au coeur pur du roman. Mais Batchelor ouvre dans le récit quelques parenthèses temporelles, et l’action se transporte d’un continent à l’autre, d’une époque a l’autre, avec toujours dans le ciel la trace visible de l’étoile filante.
Trois individus étrangers à tout pays viennent interroger les protagonistes à chaque passage de la comète et ce, probablement depuis toujours. Ils choisissent un interlocuteur savant, comme Isaac Newton, et après avoir interrogé leur homme, tels les rois mages, ils lui offrent une bouteille de Bordeaux d’un cru qui date du dernier passage de la comète. En 1910, voulant questionner Rockfeller (spécialiste es capitalisme), ils se trompent de personne et rencontrent ainsi l’arrière-grand-oncle d’Effert, Rufus des Ondes. La vie de ce dernier va en être prodigieusement bouleversée. il en deviendra même aveugle. Illuminé par « l’étoile chevelue », il lance Effert à la conquête d’une nouvelle toison d’or, un message des étoiles enterré au coeur de Babylone. Le vieil oncle survivra assez longtemps pour voir la Comète en 1986, et pour, à nouveau, rencontrer les trois étranges personnages. Cette fois, il sait qui ils sont…
Pour arracher la Comète des mains coloniales de la Mean’s Corporation, Effert et ses compagnons se lanceront dans l’attaque du château fortifié de la forêt d’Everpine. Armés d’arcs et de flèches, ils lutteront contre l’armée privée des Means, recrutée lors de la guerre du Vietnam.
Loufoque ? Pas tant que ça. L’humour de Batchelor, tout jubilatoire qu’il est n’en demeure pas m oins grinçant. Derrière la parodie des histoires de Moyen-Age, derrière les grimaces outrancières des personnages, ivres de pouvoir mais impuissants à en trouver le fondement, Batchelor trace le portrait d’une Amérique d’apocalypse où l’individualisme et la logique des trusts industriels conduisent les hommes à poursuivre en coulisses, des guerres qu’ils ne peuvent plus mener aux yeux du monde.
L’auteur jongle ainsi avec le surnaturel, seul ersatz possible de la religion et des idéologies perdues. Les ardents archers ( au XXème siècle !) qui voueront leur vie à la Comète, ne sont-ils pas, comme les apôtres, 12 compagnons remplis d’une foi inébranlable ? Et ces comètes, ne seraient-elles pas de véritables « spermatozoïdes » de l’espace ? Ne seraient elles pas à l’origine de la vie implantée sur Terre il y a quelques millions d’années ? A « l’ère du soupçon », pour reprendre l’expression de Marc Chénetier. Batchelor multiplie les signes. Les noms des personnages, les citations de l’évangile, les références à H.G. Wells, à Walter Scott, à Thomas Pynchon, à l’histoire officielle des Etats-Unis provoquent un enchevêtrement de messages sensés engendrer le mythe. On en reste pantois, brinquebalé entre rire et émotion, car même si Batchelor n’atteint pas dans sa construction romanesque, le génie d’un Pynchon. il se révèle l’un des meilleurs écrivains américains de sa génération

Nouvelles Aventures de la
Comète de Halley

John Calvin Batchelor
traduit par B. Matthieussent
Phébus 492 pages 165 FF

Le monde selon Batchelor Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°1 , novembre 1992.