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Domaine français L’ami intérieur

juin 1995 | Le Matricule des Anges n°12 | par Thierry Guichard

Avec ses deux premiers romans, Gilles Moraton prouve qu’on peut entrer en littérature sans abandonner l’ambition d’innover. Et en restant prolixe.

Le Magasin des choses probables

La Promiscuité des vaches est mauvaise pour la santé des jeunes filles

Deux romans en six mois, un troisième annoncé pour octobre, Gilles Moraton, bibliothècaire à Béziers, trouve le temps de noircir quelques pages. Le talent et la maîtrise dont il fait preuve indiquent qu’il a trouvé également celui de se coltiner, comme lecteur, avec la littérature contemporaine. Des deux romans (appelons ainsi les deux textes déjà parus), le premier, Le Magasin des choses probables est certainement le plus réussi, en tout cas le plus novateur. La Promiscuité des vaches est mauvaise pour la santé des jeunes filles (il faudrait donner un prix pour ce titre !) reste en effet d’une facture plus classique, même si, paradoxalement, il est plus ambitieux. A partir d’une situation propre à faire fantasmer un ancien Président de la République (un homme prend une auto-stoppeuse), Gilles Moraton organise l’histoire d’une rencontre impossible en prenant d’abord le point de vue de l’homme. La première partie donc est un dialogue dont seule la voix du conducteur nous est donnée. Normal, la jeune fille, à côté, s’est enfermée dans un long mutisme. Notre homme, représentant en lingerie féminine à ce qu’il prétend, se lance donc dans de longues tirades dont il apparaît très vite que l’objectif vise l’obtention des faveurs de la belle. Le bonhomme, entre clichés et expressions malheureuses, se donne très vite les atouts pour ne pas réussir. Il en devient si lourdingue, qu’à la fin du trajet on ne peut s’empêcher d’éprouver pour lui une forte sympathie : première réussite du roman. La seconde partie, et c’est là que Moraton fait preuve d’une ambition assez démesurée, restitue le monologue intérieur de la jeune fille, exercice périlleux qu’on ne peut tenter qu’à l’ombre du grand Joyce. Gilles Moraton, d’ailleurs, biaise un peu en jouant d’une voix intérieure, sorte de conscience lucide, qui lui permet d’instaurer un dialogue. Pour les tintinophiles, c’est le petit personnage soit-démon soit-ange qui va tenter d’infléchir la décision de Tintin. Reste que chez Moraton, cette conscience ne fait qu’ébranler les certitudes mais ne parvient pas à obtenir des personnages qu’ils sortent de leur carcan.
Ce procédé de la voix intérieure, participe avec d’autres trouvailles étonnantes à la réussite du premier ouvrage de Gilles Moraton Le Magasin des choses probables. La linéarité que l’on pourrait reprocher à La Promiscuité des vaches.. est ici dynamitée et le roman offre une multitude de niveaux de lecture. A partir d’une situation qui ferait pâlir d’envie les minimalistes (un homme et une femme de chaque côté d’un quai d’une gare déserte, c’est tout), Gilles Moraton parvient à nous surprendre, nous amuser, nous faire rire, nous déstabiliser. Des exercices de style chers à Queneau, aux jeux de mots (« Gare-demeure »), en passant par une mise-en-scène des mots sur la page blanche, jusqu’à cette voix ironique qui vient commenter l’écriture même du texte, toute la panoplie de la modernité littéraire ou presque semble avoir été réquisition-née. Cela aurait dû donner un premier roman indigeste, baroquement surchargé et ça donne un livre d’une si grande légèreté qu’on en oublierait presque à quel point ce qui est dit est grave. Car la pensée n’est pas absente de ces deux livres. Profondément pessimistes et lucides, ces deux textes montrent combien l’être humain est aujourd’hui incapable d’échange avec l’autre, combien il lui est impossible d’être au monde. Dans l’imperméable solitude de chacun, reste, comme seule possibilité de dialogue, cette voix, cet ami intérieur.

Le Magasin des choses probables
et La Promiscuité des vaches est mauvaise pour la santé des jeunes filles
Gilles Moraton

L’Anabase
74 pages, 75 FF - 152 pages, 85 FF

L’ami intérieur Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°12 , juin 1995.