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Domaine étranger L’horreur de l’anonymat

novembre 1995 | Le Matricule des Anges n°14 | par Dimitris Alexakis

Après La Piscine, les éditions Actes Sud publient la traduction du deuxième roman de Yôko Ogawa, récit du mal et de la solitude des villes.

Cette histoire débute au commencement du printemps, alors qu’un « vent froid » souffle sur Tôkyô. La narratrice vit retirée depuis plusieurs semaines dans son appartement lorsqu’elle reçoit la visite d’un cousin, plus jeune qu’elle d’une dizaine d’années. Orphelin de père, le garçon entrera bientôt à l’université et cherche un logement à bas prix. La jeune femme se souvient alors du bâtiment qui l’accueillit lorsqu’elle était elle-même étudiante : un bâtiment situé à l’écart de la ville, dans une banlieue de pavillons et de jardins, une résidence d’apparence commune que Yôko Ogawa décrit pourtant avec une insistance sourde, une minutie qui, dès les premières pages, introduit un déséquilibre infime au cœur du roman. Le « directeur », qui attend la jeune femme et son protégé, est un individu difforme. Par sa grâce presque monstrueuse, par la fascination qu’il exerce sur ses interlocuteurs, il fait penser aux personnages de Kenzaburô Ôé, le grand romancier japonais. La narratrice laisse son cousin à la garde de ce vieil homme. Le récit se poursuit dès lors sur deux voies : l’art de Yôko Ogawa consiste à multiplier les gestes quotidiens, les conversations anodines tout en travaillant, de l’autre main, à miner cet ordre apparent -par un détail, posé dans le coin d’une page, comme un piège. Peu après la rentrée universitaire, la narratrice retourne à la résidence. Mais son cousin ne s’y trouve pas. Par le responsable du lieu, elle apprend qu’une « rumeur (…) a fait diminuer le nombre de résidants ». « En février, l’un de nos étudiants a disparu subitement. (…) Son père était professeur d’université en province, sa mère écrivait des contes pour enfants, et il avait une petite sœur très mignonne beaucoup plus jeune que lui. Un environnement irréprochable. » Les Abeilles nous raconte donc l’histoire d’une disparition. Le point commun reliant Yôko Ogawa, née en 1962, aux romanciers japonais de la génération précédente réside peut-être dans la tension, maintenue jusqu’au terme du livre, entre une situation banale, un « environnement irréprochable », et une anomalie intime, une folie s’exprimant, comme chez Kôbô Abé, comme chez Taeko Kôno, dans un isolement inatteignable. La figure du directeur, avec lequel la jeune femme va progressivement nouer une relation obscure, oriente l’écriture dans ce sens. Si l’ « aberration » et la mort sont présentes, elles restent cependant tenues à distance. La narratrice ne se livre pas à une confession : le récit importe beaucoup plus par ce qu’il ne dit pas, ce que la romancière s’obstine à taire et qui bourdonne pourtant, de l’autre côté du mur, au fond des couloirs silencieux de la résidence. L’étrangeté du lieu n’est soulignée que par une métaphore déroutante, par une remarque poussée un peu au-delà de l’observation ordinaire. Pourquoi le cousin de la jeune femme ne donne-t-il pas signe de vie ? Quel rapport existe-t-il entre sa disparition et l’absence inexpliquée de l’étudiant en mathématiques ? Plus qu’aux dernières pages du texte, la solution de l’énigme doit être recherchée dans la solitude insolite de ces êtres, dans cette écriture neutre, volontairement scrupuleuse, qui traduit la violence et l’horreur de l’anonymat.

Les Abeilles
Yôko Ogawa

traduit du japonais
par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud
76 pages, 48 FF

L’horreur de l’anonymat Par Dimitris Alexakis
Le Matricule des Anges n°14 , novembre 1995.
LMDA PDF n°14
4.00 €