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L'Anachronique Jamais mieux (Car Né 2, inédits)

septembre 1996 | Le Matricule des Anges n°17

Toutes les femmes que je pourrais - aurais pu - aimer ont au bas du ventre un petit triangle moussu qui n’a biologiquement parlant rien d’exceptionnel.

Il cherchait partout son bonheur, il était monté dessus.

Un écrivain sur France Culture : « Actuellement je travaille sur trois fronts… » monstre écrivant tricéphale.

Le fait qu’on puisse être du jour au lendemain, purement et simplement gommé de la surface de la terre, n’est une raison suffisante pour rien.

Deux moineaux domestiques -passer domesticus-, (deux piafs !) ont eu sur mon fil téléphonique un accouplement si bref qu’il ne put qu’être parfait. Et d’ailleurs ils en parurent contents.

Je rentre « dans la force de l’âge » à l’ancienneté.

7 avril. Vu : une demi-douzaine d’hirondelles sur le Cher, de la potentille en fleur. Entendu : le coucou. Versé : un peu de semence dans l’herbe.

Je dis à Chantal : « C’est la période du frai, les carpes s’ébattent comme des folles dans les herbiers ». Sa réponse : « Je voudrais être une carpe ! » On sonne. Je trouve à ma porte trois fillettes de ma classe qui m’apportent des fleurs. Elles sont tout excitées et les « roses » qu’elles m’offrent sont des pivoines fanées. Je remercie beaucoup. En remontant l’escalier, j’entends leurs rires aigus et leurs voix.

Une petite érection qui me gêne pour conduire.

Chantal : « Il y aura vraiment égalité des sexes quand on verra arriver aux postes-clés les femmes nulles et moches ».

Maison de la Presse d’Ars en Ré. Après avoir longuement patienté dans la file d’attente, je tends enfin mon Folio à la dame quand un bras péremptoire prolongé par « Libé » et « Le Point » s’interpose : pas de doute on me fauche mon tour ! Je me retourne, l’oeil comminatoire, sur un type qui a exactement la tête de Philippe Sollers ; car c’est Philippe Sollers.

Dont je dirai seulement ici que c’est un homme qui n’attend pas son tour, à la maison de la Presse d’Ars en Ré, s’il y a un peu trop de campeurs en short.

Réfléchir sur soi, c’est comme faire quelque chose de pas propre.

Ce matin, j’ai mis une heure de côté pour m’en servir ce soir, mais je ne la retrouve plus.

Les danseuses sur glace, comment leur faire l’amour autrement qu’en vol.

Un type qui vous dit méchamment « Je t’emmerde », croyezle sincère.

En passant près d’une cabine téléphonique : « …tu comprends, il y a une chose que je n’accepte pas !… » J’ai beau ralentir, le reste se perd, inaudible.

Dix gouttes de poésie sont parfaitement miscibles à un grand verre de vin rouge.

Poète, hurle aux nuages dans le vent d’équinoxe ! -Mais ça ne sera pas facile de trouver un éditeur-.

23 février. Tours. Premier soleil. Le portillon du jardin des Prébendes grince exactement comme il y a trente-cinq ans ; je croise enfin rue Nationale une adolescente qui n’a pas un appareil dans la bouche ; et je donne dix francs à un cadre supérieur qui mendie devant la FNAC.

Je ferais bien comme les chiens, me masturber sur les jambes des femmes.

Je vis tellement bien grâce à l’organisation politique, économique et sociale de mon pays. Tout seul, je ne m’en sortirais pas.

Ma mère m’a dit : « Je vais envoyer ton livre à Poivre d’Arvor avec une lettre. » Je l’en dissuade gentiment mais difficilement.

Son incompréhension nous fait de la peine.

L’hiver, c’est l’arbre qui s’accroche au nid.

Je me demande ce que j’écrirais si ça devait avoir une réelle utilité pour moi, pour ma vie. Ce serait forcément naïf, laborieux, primaire ; il me faudrait tout reprendre à zéro, au plus bas, avec une humilité de bête de trait. Tout mon temps y passerait. -Peut-être ce qu’on appelle une oeuvre…- Il est passé sur la France 7000 kilomètres de nuages. On en reste incrédule. Aux informations télévisées : la petite vieille qui a 1m 20 d’eau dans sa cuisine voit pas pourquoi elle partirait ; un autre se promène impassible dans son salon, les bras levés, avec de l’eau jusqu’aux aisselles.

On exécute au lever toute une série de gestes, d’actes dilatoires.

On tient en respect -en joue !- la journée qui s’annonce.

On la fait poireauter. Chambre, cuisine, salle de bain, W.- C., chambre… petit déjeuner, caca, toilette, lit… On est presque toujours prêt pour : le travail, l’ennui, les ennuis, l’amour, la poésie, les courses, le garage, le sport, l’étude.

Mais si on s’écoutait, on n’irait pas. Pas l’envie, pas la force.

NON À « L’AU-DELÀ » DU BOL DE CAFÉ.

C’est une fillette, elle est merveilleuse. Elle court. En courant elle abandonne -perd- tout ce qui la compose, ses cheveux blonds, un à un ses bras, puis ses genoux, sa jupette ; quand il ne reste plus rien d’elle il faut la reconstituer : tout un puzzle désespérément évanescent.

*Jean-Pierre Georges est poète.

Il a écrit notamment Dizains disette (Le Dé Bleu), Car Né (La Bartavelle), Bonheur à suivre (Tarabuste), Je m’ennuie sur Terre (Le Dé Bleu).

Jamais mieux (Car Né 2, inédits)
Le Matricule des Anges n°17 , septembre 1996.