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Domaine français Théodore, in memoriam

janvier 2000 | Le Matricule des Anges n°29 | par Thierry Guichard

Un avortement, la mort d’un nourrisson et la naissance d’une trisomique : la paternité vue par Xavier Bazot. Qu’éclaire une langue vivifiante.

Il y a quelques années, Camille Laurens donnait à lire un magnifique travail de deuil : Philippe (P.O.L, 1995) du nom du bébé mort après accouchement. Langue sèche et précise, implacable main courante d’un drame sans cela innommable. Pour relater la mort de Théodore, un bébé de quelques mois (dans une maison que les parents louent après le drame, une affiche annonçant une exposition représente un tableau de Chagall « entre les dates, exactement, de ta naissance et de ta mort »), Xavier Bazot déploie une langue toute autre. Utilisant souvent le « tu », parfois le « nous », mélangeant le souvenir et les rêves, le cocasse («  »On a oublié Théodore ! - Je l’ai mis dans mon sac.«  » pour dire que le portrait de l’enfant les suit partout) et la cruauté, l’écrivain multiplie dans la langue des encorbellements de virtuose, mélange de baroque aux accents précieux et d’implacable lucidité. Le travail sur la langue que Xavier Bazot effectue depuis son premier roman, Tableau de la Passion (P.O.L ; 1990) condense, souvent en une seule longue phrase, tout le cheminement psychologique du narrateur. Par exemple, il peut commencer ainsi « Ne discernant pas la crudité des termes qu’emploie mon faire-part » une phrase qui se clôt par « j’expédie une lettre de rupture à celles de mes connaissances qui ne se manifestent pas » : entre ces deux termes, on lit la souffrance, la culpabilité, l’égocentrisme, la colère.
Ces phrases-là, qui nous emportent, dans leur noyau qui irradie la vie, ont la durée d’une existence de nourrisson. Elles portent tout le limon de la langue, et seulement lui, comme si elles postulaient au statut de chant ou de prière. Il y a là, en effet, quelque chose de sacré, dans ce tutoiement adressé à l’enfant défunt, dans cette exigence d’une langue nulle part ailleurs parlée, à nul autre adressée.
Langue sacrée pour dire aussi le rapport que le narrateur entretient avec la faute et la foi. Théodore succède à l’avortement d’un premier enfant. Il n’était pas désiré par son père qui hait le couple et le mariage où « la masse des handicapés qui, en vue de surmonter leur peur de ne savoir exister sans témoins (…) se collent à un époux, se munissent d’enfants » et craint l’aliénation qu’un bambin impose. L’enfant né, c’est tout le cheminement vers l’amour que va connaître le narrateur : « Qu’avec une telle évidence s’impose ta personne que je ne puisse croire que tu as pu, avant ta conception, ne pas exister ! » Jusqu’à la mort du nourrisson, comme une parabole, un signe de Dieu envoyé à celui qui aurait voulu entrer au séminaire si la sexualité y avait été autorisée.
Mais Stabat Mater échappe à son sujet. L’écriture, ici, n’est pas au service d’un dire, d’un témoignage. Au contraire, elle utilise, sans craindre les imparfaits du subjonctif, les inversions du verbe, les dialogues élaborés, toute l’énergie du deuil pour avancer, explorer les limbes, trouver le sens d’une vie. La mort de Théodore s’inscrit dans une chaîne d’événements qui ressemblent à un chemin de croix : avortement d’abord, naissance d’un enfant trisomique ensuite. Ces événements, laissés sans réponse, seraient comme de pâles faits divers et l’homme qui les vit, une victime de la fatalité. Mis en littérature (pour ne pas dire mis en musique) ils conduisent, dans les dernières lignes du livre, au pardon et, ainsi, à la Renaissance. Ce n’est pas une mince foi portée ainsi à la littérature.

Stabat Mater
Xavier Bazot

Le Serpent à plumes
105 pages, 89 FF

Théodore, in memoriam Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°29 , janvier 2000.