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Poches Le pétrole pollue

janvier 2000 | Le Matricule des Anges n°29 | par Thierry Guichard

Premières gammes de l’écrivain Rick Bass, Oil Notes se situe au partage des eaux : d’un côté la recherche du pétrole, de l’autre celle du bonheur.

Il y aurait presque tout un monde entre le Rick Bass de Dans les monts Loyauté et celui d’Oil Notes. Publié aux États-Unis en 1989, Oil Notes est plein d’une énergie conquérante mais souffre quand même de ses habits mal taillés, empruntés fissa aux grands auteurs lus en amont : Jim Harrison ou Thomas McGuane. On a ainsi parfois l’impression que le jeune Rick Bass (il a 31 ans quand sort le livre) mâche un gros chewing-gum en écrivant ce récit de sa vie de géologue chargé de trouver du pétrole. Ça donne, dans la traduction de Philippe Garnier pas mal de roulements d’épaule, de la bonne fierté d’être américain et un langage à la va-comme-je-te-pousse : « C’est un bien qu’un pays comme le nôtre sache comment et où forer pour une chose dont on a autant besoin. » Quelques scènes sentent un peu le cliché du cow-boy solitaire qui pense à « (s)a nana », le soir au bord de la route en buvant du Coca : « on achète les Cokes par caisses entières, on dévalise les arrière-boutiques ». Mais voilà, malgré ses grosses ficelles, Rick Bass nous garde près de lui (il n’arrête pas de s’adresser à nous comme si on allait lui répondre). Cet apparent mystère s’explique peut-être par le sujet de son récit. La vie d’un géologue au service d’une compagnie d’extraction du pétrole se passe beaucoup sur les routes, dans les champs, parfois la nuit à écouter ce que dit la terre, dans les bars, au côté des ouvriers. Il y entre une bonne part de rêverie liée au désir que sous le puits de forage le trésor convoité soit bien présent. Rick Bass tente d’établir comme une mythologie américaine de cet univers, entre réalisme, consumérisme et écologie. Ça marche plutôt bien dans cette dernière veine, un peu moins lorsqu’il aligne les paquets de dollars que représentent les puits découverts. En arrière-plan se dessine aussi la relation sentimentale qui va le lier (ils se marieront les chers enfants) à Elisabeth Hugues. Une idylle très américaine (« On vient de parler de cette histoire de mariage. J’aimerais peut-être m’y risquer, je suis presque prêt. Vous savez : gosses, la porte-moustiquaire qui claque, etc. Elle ça lui fiche une trouille bleue. ») à mille lieues de l’image poétique qu’il en donnera plus tard dans ses nouvelles.
Et puis, ici ou là, des fulgurances viennent signaler le grand écrivain que Rick Bass deviendra très vite. Ainsi la scène où au volant de son camion, il croise deux chiots au bord de la route, deux chiennes qu’il va prendre avec lui : « Sur le chemin du retour, elles ont dormi par terre dans la cabine durant tout le trajet, les pattes emmêlées les unes sur les autres pour se tenir chaud (…). Du lait sur les moustaches, l’estomac bombé. C’est difficile de décrire ce qu’elles m’ont fait ressentir à ce moment-là ». C’est en avançant vers le terme de son récit et celui de sa vie de géologue que l’écrivain trouve sa voix. Comme si l’écriture lui apportait une maturité plus précoce ou comme si elle était elle-même un puits, non pas de pétrole, mais de toutes ces choses enfouies qui nous attachent, indéfectiblement, à la terre, à la nature et à cette quête insensée du bonheur. Le pétrole, finalement, s’avère un piètre trésor, comparé à ce qui émerge de l’écriture. L’un, c’est vrai, rapporte des dollars, mais l’autre, peut-être, ouvre à la sérénité. Que ceux qui en doutent lisent les autres livres de Rick Bass parus chez Christian Bourgois ou en 10/18.

Oil Notes
Rick Bass

Traduit de l’américain
par Philippe Garnier
10/18
219 pages, 44 FF

Le pétrole pollue Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°29 , janvier 2000.