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Domaine étranger Les grandes failles

juin 2002 | Le Matricule des Anges n°39 | par Dominique Aussenac

En deux ouvrages dénonçant l’avoir et le paraître, l’écrivain japonais Haruki Murakami évoque le vide et les peurs de nos vies. Un ton subtil, sobre, émouvant.

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

Après le tremblement de terre

Un tableau de Salvador Dali représente un enfant qui d’une main soulève la mer. Haruki Murakami agit pareillement avec le réel dont il ôte délicatement une peau invisible, pour ne laisser apparaître que la force tellurique des émois anciens, des rêves et serments enfouis, ainsi qu’un monde animiste, peuplé de mystérieuses présences qui bousculent les nôtres. Après le tremblement de terre, recueil de nouvelles inédites écrit juste après le séisme de Kobé en 1995, révèle en six textes, non pas les corps meurtris, la perte des proches, mais comment l’onde de choc a pu se propager aux individus et mettre à nu la vacuité de leurs existences confortables. Avec beaucoup de sobriété, de la gravité mais aussi de l’humour et en utilisant le fantastique, il esquisse des portraits d’hommes et de femmes plus ou moins désemparés. Ainsi Komura, largué par sa femme, convoiera une boîte vide. « Tu es vide ? - Oui, vide, creux, je n’ai pas de contenu. C’est peut-être vrai. Je ne sais pas très bien. Même si on me dit ça, je me demande ce que c’est, le ’’contenu’’ de quelqu’un. » Comment lutter contre ce vide ? Marukami ne donne pas de solutions, propose juste des pistes dans lesquelles la vie spirituelle est toujours privilégiée, au détriment des valeurs marchandes. Il insiste sur l’importance du rêve niché en chacun de nous et laisse entrevoir derrière le réel, un monde enchanté, panthéiste. Sa condamnation de la société artificielle, capitaliste n’est jamais explicite, mais toujours sous-jacente. Crapaudin, jeune homme suit dans le métro celui qu’il croit être le père qu’il n’a jamais connu. Égaré, il se mettra à danser à la manière d’un chaman pour conjurer ses peurs et retrouver le rythme de la terre.
Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil publié au Japon en 1992 conte les retrouvailles de deux enfants uniques, trente ans après. Hajime, (une femme, deux enfants), tient un club de jazz à la mode. La rencontre avec Shimamoto-san va tout bouleverser. Ce livre constitue une admirable radiographie des sentiments, des occasions perdues, des peines infligées au nom de l’amour. Il ne traite pas du comment les adultes peuvent continuer à vivre leurs serments adolescents mais s’interroge sur l’imperméabilité de l’âge mûr aux émotions, révoltes, sentiments.
Né à Kobe en 1949, Murakami étudia la tragédie grecque, ouvrit un club de jazz à Tokyo avant de se consacrer à l’écriture. Ne supportant pas le conformisme de la société japonaise, il s’expatrie en Grèce, en Italie, puis aux États-Unis. Traducteur de Scott Fitzgerald et Raymond Carver, il rencontre le succès dès son premier roman Écoute le chant du vent (1979, pas encore traduit en français). Aujourd’hui, une demi-douzaine d’ouvrages plus tard, il enseigne la littérature japonaise à Princeton. Ces deux livres surprennent à la fois par leur caractère intimiste et métaphysique, ainsi que pour leur dénonciation du vernis social qui englue les destinées. Ils dévoilent le grand éclatement des consciences, les peurs qui nous étreignent devant des phénomènes naturels ou politico-économiques, obturant nos facultés émotives et intellectuelles.

Haruki Murakami
Au sud de la frontière,
à l’ouest du soleil

Belfond
224 pages, 18,30 euros
Après le tremblement
de terre

Traduits du japonais
par Corinne Atlan
10/18
158 pages, 6,40 euros

Les grandes failles Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°39 , juin 2002.
LMDA PDF n°39
4,00 €