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Zoom L’empêcheur de critiquer en rond

septembre 2002 | Le Matricule des Anges n°40 | par Thierry Guichard

La charge de Jean-Philippe Domecq contre une certaine critique reparaît alors que la comédie littéraire devrait battre son plein cette rentrée. De quoi ne pas désespérer.

Qui a peur de la littérature ?

L’écrivain (romancier et essayiste) porte chemise blanche et cheveux légèrement grisonnants sur les tempes. Courtois, attentif à ses propos, il se réjouit aujourd’hui que son Pari littéraire (éd. Esprit, 1994) ait droit à une renaissance. Sous un titre clin d’œil (on pense à la pièce d’Edward Albee), Qui a peur de la littérature ? reprend l’essentiel des textes déjà parus. Pourquoi cette édition alors que l’originale est disponible ? Parce que la censure qui frappa, selon lui, Jean-Philippe Domecq à la sortie de son premier texte contre les « ligueurs » de la critique parisienne, ne semble plus effrayer les éditeurs. Tant mieux.
On pourrait témoigner ici qu’au seul nom de Domecq, quelques-uns évoquaient un réactionnaire, voire pire. L’homme, né en 1949 à Angers avait mauvaise réputation. Ses attaques contre la critique d’art et contre notamment le travail de Buren, lui avaient valu une étiquette ignominieuse, collée comme un mauvais chewing-gum à ses écrits futurs, « sous prétexte que si vous critiquez telle production de l’art contemporain, vous critiquez tout l’art moderne et qu’il y a en un qui a dit que l’art moderne était dégénéré : Hitler… C’est le raisonnement bout de ficelle-selle de cheval… On peut difficilement me traiter de réactionnaire, il suffit de lire mes textes politiques. »
L’homme récidive, sur le plan littéraire en 1993, dans un texte aussi précis que drôle et intelligent : Critiques littéraires à la dérive (Esprit, mars-avril 1993).
Qui a peur de la littérature ? reprend en ouverture ce texte auquel il adjoint Cultural correctness en France qui analyse sur le mode réflexif la censure faite à l’auteur. La deuxième partie du livre, plus volumineuse, est un exercice d’admirations où l’on croise les figures de Kafka (passionnante évocation de la postérité), Zola, Gaddis et d’autres. Ces pages questionnent vraiment la littérature.
C’est, évidemment, les deux premiers textes qui suscitent la polémique. Tout commence donc par une lettre qu’un certain Jean Martin, assureur à Carentan envoie à Esprit pour s’insurger des pratiques de la critique parisienne. L’auteur a le bon goût de ne pas condamner cette critique en bloc, on ne saurait le traiter de poujadiste. Son analyse repose sur quelques articles, qu’il juge représentatifs (provincial, il ne connaît pas le « milieu », il ne juge que d’après les textes).
Première constatation : on nous vante des livres de divertissement un peu plats comme s’ils étaient des chefs-d’œuvre. Domecq (puisque c’est lui) analyse les procédés rhétoriques d’un article de Pierre Lepape sur Nous trois d’Échenoz. La démonstration est efficace. La littérature promue est celle qui rassure, elle est « fort loin de cette littérature qui fait sourdre la chair du monde par la peau. » Du coup, chez le lecteur, « l’envie de lire vire à l’inappétence ». L’écrivain ne s’arrête pas là. Il montre que les critiques qui tiennent le haut du pavé se mettent au service de l’idéologie dominante (« ils (…) finissent par transformer la critique en rhétorique publicitaire »), pour préserver leur pouvoir sans partage. Sur ce dernier point, la charge est rude contre la directrice, à l’époque, des pages livres du Monde, Josyane Savigneau et son protégé, Philippe Sollers. On rit pas mal à l’évocation de ce dernier, mais Domecq n’est pas un chansonnier : « si j’ai mené ce genre de critique de la critique, c’est parce que je pense qu’il y a une crise de la culture française. »
La réaction des intéressés sera violente à en croire le deuxième texte du livre qui en étudie le modèle. Ici, Domecq se sert de son expérience pour élaborer une pensée : on est loin de l’anecdote et du règlement de comptes. L’essayiste préfère analyser les modes d’intimidation culturelle dont il fut la victime. Il s’agit toujours de s’attaquer à l’homme pour ne pas avoir à répondre sur le texte. Première flèche : la lâcheté du pseudonyme. « J’ai trouvé plaisant de prendre pour pseudonyme mon vrai nom (Martin est son nom d’état civil, Domecq est emprunté à Borges, ndlr). Je voulais qu’on lise mon texte, mon analyse et non pas ma signature. Car je connais mon époque qui a tellement peu le sens de l’exigence, du débat, de la disputatio que tout de suite on rabat les motivations de la révolte vers des pulsions psychologiques. On vous dit que vous êtes un écrivain frustré. » L’homme a vu juste mais ne pensait pas que les réactions seraient si virulentes : « on m’a sali, on m’a discrédité : à l’époque, je n’avais pas de support dans les journaux1. On discrédite par avance la parole, donc elle n’est plus entendue, elle est tout de suite décryptée comme réactionnaire. J’ai fini par avoir des lettres de Madame Savigneau -qui me demande de ne pas les publier. Mes réponses, je l’autorise pleinement à les publier, ce qu’elle se garde bien de faire parce qu’entre son langage de charretier et ce que je lui renvoie, il y a une différence de niveau. Ma mort littéraire me fut promise. Tout cela ne laisse pas de traces : ce sont des dîners en ville, des coups de fil, des rumeurs. J’ai eu du mal à publier même si les éditions Zulma ont été courageuses en éditant mes romans. On déversait sur moi des interprétations fâcheuses et on m’empêchait de répondre. »
Marqué très tôt par le surréalisme puis le situationnisme pour leur « exigence de vie », Jean-Philippe Domecq veut faire le pari de la qualité. Citant en modèles le Times Literary Supplement et la New York Review of Books qu’il lit, il ne voit pas pourquoi « on ne proposerait pas des choses de qualité plutôt que médiocres. Ou alors c’est qu’on méprise les gens. Je doute fort que la littérature de Sollers éclaire beaucoup les gens étant donné le potage et la bouillie pour chats qu’il restitue sur le plan de la pensée, de Mao à Messier, et sur le plan littéraire. »
Mais Domecq n’est pas que révolte et griffe. Les trois dernières pages du livre, si elles donnent le pourquoi d’un tel engagement, le font avec une gravité que les petits n’ont pas. « On y songe à ce dernier moment qui sera le nôtre », écrit-il. C’est bien à l’aune de ce moment-là qu’on juge les œuvres.

1 Jean-Philippe Domecq est aujourd’hui critique
régulier à Marianne, toujours membre du comité de rédaction d’Esprit. Il fut chroniqueur à Politis durant six ans.

Qui a peur
de la littérature ?

Jean-Philippe Domecq
Mille et une nuits
247 pages, 12

L’empêcheur de critiquer en rond Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°40 , septembre 2002.
LMDA PDF n°40
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