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Essais Voir en aveugle

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Thierry Guichard

En onze textes sur l’art, Bernard Noël interroge la notion de présence telle que la peinture contemporaine la fait surgir. Puisque regarder un tableau c’est aussi chercher à se voir.

Romans d’un regard

Il semblera incongru de présenter un livre sur l’art sans y adjoindre une seule image des tableaux ou des artistes évoqués. Plus encore d’appeler cela un roman. Mais, si Bernard Noël, ici, s’attache à décrire le travail de onze artistes en autant de textes autonomes, ce n’est pas tant de peinture qu’il est question que du regard sur elle. Et de ce que regarder veut dire. Voir : « il y a dans ce verbe une double action selon qu’elle se déroule d’un côté ou de l’autre de nos yeux » (à propos de Mathias Pérez). L’œuvre peinte agit comme une porte, non plus sur une représentation du monde, mais sur quelque chose de celui qui regarde. Ajouter au livre des images, c’eût été aplanir cette action, donner toute la place à la seule apparence. « L’apparence est toujours décorative. Elle a pour fonction de rendre acceptable et naturel le fait que nous ne puissions voir l’intérieur -le dedans. Toute œuvre véritable nous conduit vers la tentation de forcer le passage au risque de n’apercevoir que les cendres de l’invisible » écrit Bernard Noël à propos de Leonardo Rosa.
Constitué donc de « romans » issus de catalogues ou de livres publiés autour de la figure d’un peintre, l’ouvrage n’est pas pour autant un recueil puisque les textes jouent de leurs rapports les uns par rapport aux autres. On y entend les mêmes obsessions et on y suit la même démarche. D’abord, comment regarder un tableau, surtout si celui-ci n’est pas figuratif ou figure qu’il ne l’est pas ? « La peinture n’a besoin que de nos yeux et de notre silence. (…) Mais où est ce bout quand il n’y a pas de savoir en jeu, pas de bilan, rien qu’une présence et un trajet, qui se raniment en eux-mêmes d’être parcourus, écoutés, contemplés ? » Cette question du savoir, de la naïveté, de l’immédiateté, est primordiale. La peinture semble parfois devoir jouer le rôle de nettoyer le regard. De lui faire oublier ce qu’il sait déjà pour le forcer à ne pas rester à la surface des choses. Ne pas seulement voir « les choses, mais l’effet des choses » (à propos de Bertrand Dorny). Face à l’abstraction du tableau, le poète est en peine de trouver une langue qui dise alors ce qui se passe : « vous avez le désir d’aller dans le sens de ce non-savoir, qui vient de jeter un grand silence en vous et votre langue y titube parce qu’elle ne trouve pas les mots qui conviennent à cette nouveauté » (sur Michel Mousseau). On est alors assez proche d’une expérience d’écriture abstraite, à la Blanchot ou à la Roger Laporte : « l’art visuel ne commence-t-il pas à partir du mutisme que le regard découvre en lui face à la langue ? N’est-il pas la parole silencieuse -la promenade- de ce mutisme qui s’impatiente et refuse de rester inexprimé ? »
Affrontant cette absence de langue, l’écrivain parfois utilise une stratégie de contournement qui donne du nerf à ses textes : il s’agit de décrire l’acte de peindre (coller ou nouer) en se plaçant soi-même sur le motif, c’est-à-dire dans l’atelier de l’artiste. La langue s’attache alors à décrire sans interpréter les gestes (ô combien physiques) des artistes au travail : dans une profusion de couleurs, on voit se construire l’œuvre. Ces moments sont précieux, d’autant qu’un dialogue fraternel, intime, s’instaure entre l’écrivain et le peintre.
Il a fallu une relation bien plus intime encore à Paule Thévenin pour consacrer sa vie à rendre Artaud lisible. Avec une pudeur et une intelligence émouvantes, Bernard Noël rend hommage à celle qui hérita du « corps écrit » de l’interné de Rodez. Artaud et Paule est une merveille, aussi, sur ce qu’est l’acte de créer.

Bernard Noël
Romans d’un regard
P.O.L
Artaud et Paule
Lignes/ Léo Scheer
367 et 40 pages, 21 et 12

Voir en aveugle Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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