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Histoire littéraire La déroute du soleil

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Jean Laurenti

Roger Vailland compose une tragédie pour les temps industriels. Il y met à nu la violence de l’usine, un monde inhumain qui châtie ceux qui tentent de lui échapper.

Le bonheur a-t-il une valeur monétaire ? Un amour dont le préalable est la réunion d’une mise de fonds de 325 000 francs a-t-il un avenir ? Peut-on désirer pour soi ce qui est refusé au plus grand nombre ? Dans un monde où le règne du capital a remplacé celui des dieux, le tragique surgit lorsque un homme défie l’ordre économique.
Proche du surréalisme dans sa jeunesse Roger Vailland a fondé avec Daumal et Gilbert-Lecomte la revue Le Grand Jeu en 1928. Résistant, membre du Parti communiste (jusqu’en 1956), journaliste, il a reçu le prix Goncourt en 1957 pour La Loi. Avec 325 000 francs Vailland écrit une œuvre évidemment imprégnée de philosophie marxiste : on y trouve bien les enjeux et les acteurs de la lutte des classes, patrons, ouvriers, syndicat. Mais 325 000 francs est loin de se réduire à un roman à thèse. L’usine et ses protagonistes ne sont que la toile de fond d’une tragédie qui avance vers son acmé à mesure que Bernard Busard, le personnage principal, progresse vers la réalisation de son rêve : prendre une affaire, un snack-bar moderne, avec Marie-Jeanne, une jeune lingère qui se refuse à épouser un ouvrier. Réunir l’argent nécessaire et quitter Bionnas, la ville industrielle, s’installer au bord de la Nationale 7, axe routier chargé de symboles, emprunté par de longues voitures qui filent vers le Sud. Mais le rêve revêt la forme d’une fiche technique assez désespérante : « Un cube de béton blanc, à côté d’un poste à essence équipé de six pompes automatiques, éclairé aux néons toute la nuit. (…) Logement de trois pièces pour les gérants. »
Économe et précise, l’écriture de Vailland laisse affleurer une ironie qui ne se confond jamais avec la cruauté. La plume du romancier accompagne les efforts des personnages pour faire face à la violence du monde. Le récit s’ouvre sur une course cycliste à laquelle participe Busard. Il se sent prêt, « en forme ». Mais ni Morel, le directeur de l’équipe, ni même Marie-Jeanne ne croient en lui. Et alors qu’il domine la course, la malchance par deux fois va le faire chuter : dans sa chair blessée s’inscrit ainsi son appartenance à la race des perdants. Délaissant le cadre sportif pour celui du travail, il se lance dans un second défi : s’atteler à une presse à injecter de l’usine Plastoform, trois fois quatre heures par jour, pendant six mois. Avec un associé il fabriquera en série un modèle de carrosse en plastique. Busard imagine les milliers d’exemplaires mis bout à bout, « un immense tapis rouge géranium pour aller chercher Marie-Jeanne ». Dans une autre phase du cycle industriel, le moule avait servi à produire des maquettes de corbillards noirs. Mais Busard est bien trop occupé pour s’intéresser à de tels signes. Ni pour écouter les voix qui tentent de le dissuader : celle de Chatelard, le vieux délégué syndical qui lui reproche son individualisme ; ou celle de Juliette, jeune femme entretenue par le patron de l’usine, Cassandre nocturne qui sait ce que coûtent les rêves : « Tu ne vois donc pas qu’ils vont t’avoir ? » lui crie-t-elle dans le bar minable où il se saoule entre deux quarts.
Et c’est justement cet établissement-là que Busard, brisé par son échec, finira par reprendre, triste substitut de son projet grandiose. Dans un monde où il n’est de valeur que marchande, les héros vaincus doivent composer avec les fantômes ricanants de leurs rêves.

325 000 francs
Roger Vailland
Buchet-Chastel
198 pages, 15

La déroute du soleil Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
LMDA papier n°45
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