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Poches Sacrées femmes

juillet 2003 | Le Matricule des Anges n°45 | par Thierry Cecille

De Woolf à Mansfield, de O’ Connor aux mystiques italiennes, Pietro Citati met en pratique son bel "art du portrait". Et illumine du même coup chacune de leurs œuvres.

Portraits de femmes

Sainte-Beuve serait-il de retour ? Si Proust s’en prit avec férocité à ses erreurs et oublis (ainsi pour Balzac et Baudelaire) et à sa méthode qui, attachant trop d’importance aux éléments psychologiques ou moraux, obnubilait parfois la justesse de son regard -la réhabilitation vient, lentement mais sûrement. Alors que la somme érudite de Wolf Lepenies (Sainte-Beuve Au seuil de la modernité - Gallimard) remet à sa juste place, par exemple, son Port Royal, ces Portraits de femmes que nous offre Pietro Citati rappellent les Lundis ou les Portraits littéraires de Sainte-Beuve. Une même écriture à la fois précise dans sa forme et empathique dans son intention y tisse, parallèlement, les destins souvent mélancoliques voire tragiques et la construction, patiente ou heurtée, des œuvres. L’entrelacement des événements biographiques et des choix esthétiques nous permet de côtoyer, dans une sorte de perspicace intimité, ces femmes, de les accompagner, dans une réserve qui jamais n’empêche l’émotion, dans une retenue souriante ou émue. Bien sûr l’exercice est périlleux -l’anecdotique parfois menace, ou l’hasardeux. Quelques-uns de ces récits nous laissent sur notre faim, trop courts ou prévisibles, comme déjà lus -sur Lou Andréas-Salomé, par exemple, qui mérite bien plus que ces quelques pages qui tournent autour du baiser reçu de -ou donné à ?- Nietzsche ! Le portrait est semblable à un filet qu’on lance : il arrive que les mailles soient trop lâches, ou trop fines -le poisson échappe, ou se prend aux rets et s’emmêle jusqu’à épuisement. Mais c’est rare -le plus souvent, à l’issue de la lecture, nous n’avons qu’un désir, irrépressible : celui de retourner à l’œuvre -une fois mis en sympathie, éveillés, alertés- pour, après l’avoir ainsi (re)découverte, revenir au portrait -ad libitum.
Ces femmes composent ici un cercle enchanté, une ronde nervalienne, l’une appelant l’autre, la reflétant, elles s’illuminent de reflets réciproques : Simone Weil fait, en usine ou à Londres, l’expérience mystique -la tentation de l’impossible sainteté- que Thérèse d’Avila tente de décrire dans son Château intérieur, la douleur continue de Marina Tsvétaïéva fait écho au suicide de Virginia Woolf, la quête terriblement solitaire mais acharnée de la beauté anime aussi bien Katherine Mansfield que Flannery O’Connor… Elles ont toutes en partage -mais en inégales proportions- le don de l’émerveillement et le don du désespoir, le don de l’acquiescement et le don de la révolte, chez chacune d’elles l’emporte le Oui nietzschéen, l’amor fati, l’adhésion à tout ce qui vient : joies et souffrances, merveilles et deuils, passions et abandons, jusqu’à la maladie, jusqu’à la mort elle-même. Tout ceci, la création littéraire, à force de ténacité, de courage, viendra le préserver, le sauver de l’oubli, ou le rédimer : de la folie qui guette -et la vaincra ?- Virginia Woolf dote Mr Dalloway, admirablement vibrante de vie, le lupus érythémateux qui aurait pu transformer Flannery O’ Connor en infirme pitoyable devient en quelque sorte son domaine, d’où sans faillir, jusqu’au dernier instant, elle s’attelle à sa tache -qui semble être celle de toutes ces femmes ici rassemblées : « rendre justice le plus possible à l’univers visible » - et, pouvons-nous ajouter, invisible.

Portraits de femmes
Pietro Citati
Traduit de l’italien
par Brigitte Pérol
Folio
386 pages, 5,90

Sacrées femmes Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°45 , juillet 2003.
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