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Médiatocs Lecteur, courage

novembre 2003 | Le Matricule des Anges n°48 | par Thierry Guichard

Le Goncourt 2003 est à la littérature ce qu’une soirée diapo est au cinéma. On s’y ennuie avec application devant des silhouettes figées.

La Maîtresse de Brecht

Le dernier prix Goncourt (on en arrive à souhaiter que ce soit le dernier) invente une maîtresse à Brecht, une comédienne poussée par la Stasi dans les bras du dramaturge qui vient de rentrer d’exil. On ne comprend pas bien ce qu’il lui trouve ni ce qu’elle trouve, elle, à l’officier de renseignement qui l’emploie. Le lecteur, lui, ne trouve que du vide.
Qu’importe l’intrigue puisqu’il n’y a ni langue ni style pour la soutenir. Juste des mots, d’une banalité scolaire, en rang d’oignons, des « il y avait » qui signent l’absence d’écriture, et nul relief. Chaque chapitre écrit comme on fait des colliers de nouilles.
Comme il a quelque mal à décrire personnages et décors (même Brecht semble n’être qu’un nom), Jacques-Pierre Amette (critique au Point) multiplie les phrases nominales : « Sentiment d’espace chaud. Moments de flottement en groupe. Vacance subite ». (p. 42)
Brecht rêve de la Chine, racontez ce qu’il se voit y faire : « En début d’après-midi, sieste, rognons de veau, quelques coups de ciseaux dans un poème trop long, puis visite de l’atelier d’un menuisier chinois. Marche dans les copeaux. Essai de son nouveau bureau, table de bois clair. Pattes de chien, moineaux, rideaux, escabeau, terrine, bière. » (p. 94) Hiboux, genoux, choux, cailloux…
Chaque déplacement de son héros offre de saisissants panoramiques restitués dans un style d’archiviste myope : « Des colonnes de camions soviétiques défilaient, puis des carrefours, un canal, des ombres, des charrettes, un dépôt de gravats, énorme. » (p. 60) Pour se rattraper probablement de ce désert de verbes, l’auteur parfois en jette quelques-uns à la volée, dans une accumulation (sa figure rhétorique préférée) où Dieu peut-être, mais le lecteur sûrement pas, y retrouvera les siens : « À l’intérieur, murs au papier peint auréolé d’humidité, plâtre délabré, un vieux poste de radio, des piles et des piles de dossiers rédigés en russe (attention, voici l’armée des verbes :) que Hans déplaçait, ouvrait, parcourait ou remettait dans une armoire métallique. » (p. 45) Ligne suivante : « Hans Trow s’asseyait sur le tabouret et consultait, classait, feuilletait, annotait, épinglait ces notes émises par Moscou. » (p. 45-46) On se croirait à un cours d’apprentissage de l’imparfait des verbes du premier groupe.
Le roman s’écrit par juxtaposition de notes accolées les unes aux autres dans l’attente qu’un écrivain, un jour, s’occupe d’elles. De Brecht, on a droit à des morceaux de vie morte (comme ces peaux qui traînent au fond des baignoires). Un ânonnement en forme de curriculum vitae : « Il se souvenait des premiers mois de l’exil au Danemark. (…) L’époque des soirées parmi les pins, les criailleries des enfants, les verres levés, la longue table de chêne sur l’herbe, les « peuples frères », les amis artistes qui revenaient de Moscou, les chansons à boire. » (p. 64) Il arrive que ce zapping rapide tombe, sinon sur le Canal + du samedi, du moins sur le M6 du dimanche : « il avait (…), relevé la robe de cette magnifique brune, tiré négligemment l’élastique de son soutien-gorge. » (p. 64) La chair est triste et Amette a écrit ce livre, hélas.
L’auteur, par ailleurs, ponctue ses scènes de tics de scénariste qui sont comme ces épices qu’on donne à des plats sans goût. Tels des fondus au noir de cinéma, des descriptions de ciels où « défilent » (on défile beaucoup dans ce roman) des nuages de carton-pâte, sonnent le tic-tac des horloges dans les maisons de retraite. Et même Berlin, balafrée par la guerre, Berlin centre du monde, devient un lieu commun où s’enlise la lecture. Sous la plume de Jacques-Pierre Amette, voici ce que la ville offre au regard : « des gens parlaient, des voitures passaient, des manteaux circulaient. » À lire ça, « des gens » s’endorment.

La MaÎtresse de Brecht
Jacques-Pierre Amette
Albin Michel
300 pages, 18,50

Ce que la presse en dit…

Le Point :
« On voudrait dire combien ce roman est beau avec autant de simplicité qu’en manifeste l’auteur. Son récit est exemplaire et
nonchalant. Probité, poésie, paysages : ce sont mes trois « P » du style Amette. » (François Nourissier)

Le Monde : « Cet automne, on se disait que cette Maîtresse de Brecht serait, pour une académie qui a trop souvent délaissé la littérature exigeante, une bonne manière de fêter son centenaire. » (Josyane Savigneau)

Le Figaro : « La Maîtresse de Brecht, certainement le livre le plus réussi de Jacques-Pierre Amette, rappelle l’atmosphère lourde et oppressante de certains récits à suspense. » (Jean-Claude Lamy)

Lecteur, courage Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°48 , novembre 2003.