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Dossier Patrick Deville
Que pourrais-je savoir de l’exil ?

février 2004 | Le Matricule des Anges n°50

Il y a les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. Platon.

Que pourrais-je savoir de l’exil au sens où Ovide par exemple le connut, l’exil au sens premier du terme ? Ovide envoyé loin de Rome par le courroux d’Auguste et assigné à résidence sur le limes de l’empire, désespérant qu’un jour on le rappelle, se persuadant peu à peu que son nom et sa poésie sont oubliés dans la Ville éternelle, tout comme le motif même de son exil, passant dix interminables années sur le Pont-Euxin au milieu des aruspices qu’il paie, pour lire sur l’omoplate d’un mouton, ou l’estomac d’un pigeon, l’annonce de sa prochaine amnistie. Ovide enfin apprenant la mort d’Auguste, rassemblant ses œuvres, empaquetant ses effets, pour découvrir que Tibère à son tour interdit son retour. Et Ovide mourant alors. Je n’ai jamais connu cet exil mais je sais, depuis Ovide, depuis mes années de latiniste et la lecture de ses Tristes et de ses Pontiques, qu’un lien mystérieux unit les livres à l’exil.
Je n’ai pas connu les départs précipités et secrets devant la mort qui menace. Et pourtant, tous ces récits furent ceux de mon enfance, dans une famille que l’avancée allemande avait éparpillée au printemps 1940, les mères sans nouvelles des pères, bientôt sans nouvelles des fils engagés dans des mouvements clandestins de résistance. Et mon étonnement d’enfant, (je l’éprouve encore) avait été de constater que jamais, par la suite, et la paix revenue cinq ans plus tard, cette famille rescapée n’avait songé à regagner les lieux qu’elle avait fuis, qu’elle était demeurée dans le Midi de la France où l’exode l’avait déposée, d’abord dans un camp de réfugiés, ouvert quelques années plus tôt pour accueillir ou enfermer les Républicains espagnols, et s’installant plus tard en Bretagne, comme ces îlots de végétation à la dérive arrachés aux berges des fleuves par la tempête, et prenant racine au hasard des courants.
Enfant, j’avais soupçonné que ces lieux qu’ils avaient fuis, et dont ils égrenaient religieusement les noms, comme des trésors, ils n’avaient pas voulu les revoir par crainte qu’ils ne fussent plus à la hauteur de leurs rêves, qu’ils fussent moins beaux, ou plus désespérément banals, que ces Jérusalem célestes qu’ils avaient bâties pendant ces cinq années où ils leur étaient demeurés inaccessibles.
Curieusement, cette famille rescapée avait décidé de s’installer tout entière dans un hôpital psychiatrique où mon père avait trouvé un emploi, dans un logement de fonction anonyme, autant dire nulle part, et hors du monde.
J’ai toujours voulu quitter ces lieux. Partir. N’importe où. Le plus loin possible. M’exiler. Laisser ces pluies bretonnes et ces ciels argentés. Je rêvais de déserts, d’un soleil plus brûlant et de boutres sur des mers lavande. J’ai vécu plusieurs années au Moyen-Orient, dans le sultanat d’Oman, puis en Afrique, dans le nord du Nigeria, puis en Algérie, au Maroc… Alors j’ai enfin connu, de loin en loin, à la tombée du jour, cette délicieuse tristesse de l’exil volontaire, cette infinie nostalgie...

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