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Domaine étranger Leppin, jusqu’à la lie

avril 2004 | Le Matricule des Anges n°52 | par Franck Mannoni

Les fleurs du mal fleurissent à Prague : quand un libertin dilue son âme dans un érotisme ardent et morbide. Violente promenade.

Au-dessous de tout

Tout d’abord titré Naufrage, le roman de Paul Leppin (1878-1945), écrivain pragois de langue allemande, a ensuite été rebaptisé Blaugast, un roman du vieux Prague par son auteur, dans la version originale. À la fois moins direct, l’idée de chute n’y figure plus, et plus explicite, il cible immédiatement la ville tchèque, ce nouveau titre renvoie indéniablement aux obsessions d’un homme de lettres très observateur de ses contemporains et de la cité qui l’a vu naître. Plus qu’un récit sur le destin tragique d’un jeune homme en quête d’absolu, ce roman est un parcours des lieux chauds de la ville au début du XXe siècle, une galerie de portraits sur les pauvres gens, les étudiants, la soldatesque et les prostituées. Quant à Blaugast, superbe initiateur d’orgies dont il finit par devenir la seule attraction, c’est d’un être fragile en quête d’absolu, manifestant « une sentimentalité refoulée, une tendance à la solitude maladroitement hostile à toute tentative d’approche ». De simple libertin syphilitique, Blaugast sombre au plus bas degré de l’animalité, poussé d’une part par ses compagnons de beuverie et d’autre part, par sa quête insensée d’amour. Les « dents noircies », les « gencives terreuses », il jette sur Johanna, la jeune péripatéticienne qui n’a de cesse de vouloir l’aider, « la salive qui mouillait sa langue ». Il croise son pendant négatif, Shobotzki, figure diabolique à l’origine de sa chute, dont les « sens se rassasiaient de jalousie, d’aveux stridents, de charognes nauséabondes ». Shobotzki lui confère son statut de héros faustien en quête de rédemption : « La couronne d’épine de sa destinée, les fruits de son chemin de croix avaient docilement éclos, désormais parvenus à maturité ».
Le trio mystique est en place : le diabolique Shobotzki, Johanna l’ange rédempteur et Blaugast, la victime expiatoire des décadences pragoises orchestrées par les « retraités qui chauffaient leurs rhumatismes au soleil, ainsi que les laissés-pour-compte et les chômeurs, qui gaspillaient leurs congés involontaires auprès des mères et des bonnes d’enfants ».
Malade de la syphilis jusqu’à devoir se déplacer en chaise roulante, Paul Leppin a sans doute puisé dans sa traumatisante expérience personnelle pour décrire les symptômes physiques d’un Blaugast perclus de douleur. Poète engagé contre le conservatisme social ambiant, l’écrivain a plusieurs fois choqué les autorités morales de son époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été arrêté par les nazis, persécuté pour ses origines juives et ses écrits provocateurs. Avec Au-dessous de tout, il livre une version achevée de son exploration de l’érotisme, ici décliné dans un univers à la fois morbide et urbain. Seuls espaces de quiétude pour Blaugast, les parcs et ses promenades solitaires, bien loin des « commerçants, dotés par la prospérité d’une nuque plissée de bourrelets de graisse, des garçons de café asthmatiques, des intellectuels miteux qui, au lit, oubliaient leurs grands discours sur le mystère des origines ». Contre toute attente, alors que Blaugast agonise, il accepte enfin de s’abandonner à la douce chaleur d’un foyer misérable, vivant des sacrifices de Johanna qui le berce comme un enfant. Il délaisse son pessimisme stérile et suicidaire pour entrevoir une lueur d’espoir : « cette terre sur laquelle nous vivons déploie le spectacle de l’arrogance, des jeux et des pleurs « , » roses d’automne et faim sordide ; elle ouvre à la fois sur l’enfer et sur les royaumes célestes (…). Mais l’envie d’aimer n’épargne personne ». Un roman hors des sentiers balisés, riche en symboles, implacable avec « les nivellements d’une politique d’assainissement (moral ?) sacrilège ».

Au-dessous
de tout

Paul Leppin
Traduit de l’allemand
par Corinna Gepner
Phébus
139 pages, 13

Leppin, jusqu’à la lie Par Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°52 , avril 2004.
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