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Médiatocs Dame tartine

avril 2004 | Le Matricule des Anges n°52 | par Thierry Guichard

Sous couvert d’un indigeste polar, Julia Kristeva se laisse aller à une logorrhée fumeuse. Quand le bavardage se fait passer pour de la pensée, l’écriture fait des grumeaux.

Meurtre à Byzance

Brouillon bâclé à peine digne du plus laborieux épisode d’une série Z américaine, Meurtre à Byzance joue sur tous les clichés de l’époque : secte, serial killer, immigration, journalisme mondain, informatique (quelqu’un pourrait-il signaler à l’auteur qu’on ne peut pénétrer à l’intérieur d’un ordinateur si celui-ci n’est pas branché ?).
Un type tue l’un après l’autre les représentants d’une secte, ce qui provoque l’envoi à Santa-Barbara (et dans le lit de Northrop Rilsky, commissaire chargé de l’enquête) de Stéphanie Delacour, journaliste à L’Événement de Paris. Sebastian Chrest-Jones, le demi-frère du commissaire disparaît après qu’il a assassiné sa maîtresse (dans une scène d’un ridicule rare). Le commissaire mènera donc deux enquêtes, c’est-à-dire qu’il se regardera le nombril deux fois plus souvent. Que la maîtresse de son demi-frère ait aussi disparu ne lui met même pas la puce à l’oreille. L’intrigue ressemble à une roue de voiture embourbée que le conducteur malhabile fait patiner inlassablement jusqu’à la recouvrir entièrement de gadoue. Ni les personnages désincarnés, ni l’intrigue n’intéressent Kristeva. Ce qui la tient éveillée (on l’envie !) c’est de raconter la vie de la première intellectuelle de l’Histoire, Anne Commène. Et de papoter, beaucoup, sur l’état du monde, l’état de l’exilé, l’état de la gauche, et patati et patata.
On se dit alors que, Julia Kristeva s’autoproclamant intellectuelle, c’est du côté de la pensée qu’on trouvera l’essence du livre. On se le dit sans trop y croire tant l’obscurantisme de la langue ici semble remplir du vide. Et cette pensée ressemble trop à un lexique : des noms sont lâchés sortis de l’histoire des croisades ou de la presse du matin, tartinés à la « en veux-tu en voilà », sésames clinquants qui n’ouvrent rien. Les grands de ce monde sont convoqués : « j’ai entendu de même à l’Institut du monde arabe l’étrangère Kristeva diagnostiquer ces nouvelles maladies de l’âme dont souffrent par excellence les immigrés (…) la psy avait sacrément sonné son auditoire » nous dit la journaliste, personnage créé par… Kristeva. Un tel événement qu’on ne pouvait plus alors que se poser des questions : « Est-ce possible ? Est-ce possible ? » dont le redoublement effaré amorce l’ultime interrogation : « Et pourquoi cela ? » à laquelle une réponse définitive est donnée : « On se le demande. »
Ce pudding verbeux utilise un globiboulga éhonté de références inertes qui sont à la pensée ce que les colorants sont à la fabrication des condiments. L’encre de Kristeva fabrique de la poudre aux yeux. Associez thèmes religieux et métaphysique (« vérité », « bible », « miracle »), mettez-y de l’ampoulé lyrique (« homérique », « abîmes », « tragique »), liez le tout dans une langue qui ressemble à de l’allemand de robots ménagers et terminez par une note interrogative qui fait mine de n’en penser pas moins : « Si j’ai tendance à croire que la vérité est en sous-langue dans l’invisible, serait-ce là une résurgence byzantine, tardive greffe biblique dans le corps du miracle grec, qui préféra contourner la clarté homérique au risque de creuser des abîmes de complications forcément, tragiquement inutiles ? » Avec ça, vous aurez peut-être une chance que quelqu’un, quelque part, croie que oui, vous avez émis une pensée.
Que le style soit déplorable, qu’il n’y ait pas d’intrigue est pardonnable (difficilement certes), car, au final, l’écrivain, en tirant sans cesse à la ligne, parvient à réaliser son titre : avec Meurtre à Byzance, c’est le plaisir de lire qu’elle assassine.

Meurtre à Byzance, de Julia Kristeva
Fayard, 371 pages, 20

Ce que la presse en dit…
Le Monde :
« Ce serait une gageure de résumer ce récit ambitieux où tous les genres sont convoqués (…). Au risque du roman total, Julia Kristeva offre un livre stimulant et jubilatoire. En un mot, un grand roman byzantin. » (Christine Rousseau)

L’Express : « Julia Kristeva met entre l’ouvrage et son lecteur la distance hautaine et autosatisfaite de l’Université. » (Michel Grisolia)

Le Point : « Voilà un roman dont on n’a pas lu l’équivalent depuis Le Nom de la rose, d’Umberto Eco » (Bernard-Henry Lévy)

Dame tartine Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°52 , avril 2004.
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