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Domaine étranger Roman en réseau

juin 2004 | Le Matricule des Anges n°54 | par Thierry Guinhut

Traquant les complots planétaires, David Mitchell invente un troublant jeu de pistes qui brouille les destinées individuelles.

Recueil de nouvelles ou roman ? Émiettant une dizaine de récits apparemment indépendants, et néanmoins palpitants, qu’un lecteur fureteur peut aborder au gré du hasard, David Mitchell vient nous piéger. Distraitement, il abandonne des bouts de fils épars, des échos inattendus, des liens qui tressent un étrange et incertain réseau. Ce livre fascinant, à tous égards mystérieux, collationne une dizaine de pièces à conviction, chacune prise en charge par des narrateurs à la première personne, forts crédibles et tous différents, sauf le premier et le dernier, venus d’un « Pur » affilié à une secte apocalyptique. Il y aurait une raison à l’œuvre, un esprit peut-être, dans ces Écrits fantômes
Quel fantôme erre dans ce livre ? Celui de la raison littéraire ? De l’inconscient de l’écrivain ? Du dieu qui donnerait sens au livre et à l’univers ? Du lien holistique qui unirait les récits dispersés sur le globe et le réseau mondial afin d’en dévoiler l’entière destinée et nécessité ? À première lecture, il n’y a de fantomatique que l’état des personnages qui rêvent leur vie, fantasmant le « Nouvel Ordre » des « Purs », une vie conjugale idéale dans un chalet suisse jamais atteint, ou la consacrent à une jeune fille, une hutte à thé, un gourou meurtrier.
Nous étions dans l’île d’Okinawa, fuyant le métro de Tokyo où le délire d’un illuminé déposa ce gaz mortel qui raya du monde quelques « impurs ». Nous rêvions d’une histoire d’amour adolescent et de jazz à Tokyo. Nous sommes à Hong Kong parmi les angoisses d’un avocat de la finance qui tous les jours détourne les lois. Nous montons les marches de « la montagne sacrée » où défilent les témoins et les acteurs de l’Histoire chinoise, du maoïsme, de la Révolution culturelle et de ses horreurs. Quand sur les steppes de la Mongolie, un esprit pratique la « transmigration » d’homme en femme, de Russe en enfant… Plus loin, à Saint-Pétersbourg, notre russe mafioso rencontre, au milieu d’un tragique trafic de tableaux de musée, l’écho des malversations financières de l’avocat dont l’ex-femme, à Londres, croise par hasard, croit-on la destinée d’un Don Juan amoureux. Plus loin encore, sur une île irlandaise, une femme tente, toutes peines perdues, de fuir les sbires d’une firme américaine qui a vu les bénéfices que l’industrie de l’armement pouvait tirer d’une spécialiste de la « cognition quantique ». Enfin, sur Night Train FM, aux États-Unis, le radionoctambule Bat Secundo, fait parler un gardien de zoo qui déborde de visions prophétiques et croit, à vue de satellite, déchiffrer un complot nucléaire, incroyable zombie qui met cependant la puce à l’oreille au FBI… Les genres se bousculent : polar, métaphysique, biographie, dialogue radiodiffusé…
Même si la narration se fait parfois fantomatique, le lecteur ne peut s’empêcher, amusé, interpellé, commotionné, de s’engager dans un jeu de pistes, un puzzle aux archipels manquants, où traquer les détails récurrents, les allusions, les réseaux lexicaux, les personnages reparaissants. Comme dans La Comédie humaine de Balzac…
« De notre point de vue de mortel, c’est le hasard. Mais si l’on porte un regard extérieur, comme à la lecture d’un livre, alors c’est bien la fatalité qui, de bout en bout, dirige notre existence. » La somme complexe des causes et conséquences permet-elle le libre-arbitre ? « Nous croyons tous contrôler notre existence, mais celle-ci n’est que l’œuvre des nègres du destin ». L’auteur, nègre d’une totalité impossible, a pour métaphore cet esprit qui « transmigre » dans les personnages visités, et dénonce les complots visant à décimer l’humanité.
Œuvre ouverte, au sens d’Umberto Eco, ce roman polymorphe et postmoderne, infiniment séduisant, suscite une réflexion jamais close, à moins que tout ce galimatias pseudo-scientifique ne soit qu’un miroir aux alouettes pour gogos adonnés aux fantasmes de complots et autres fumées spiritualistes.

Écrits fantÔmes
David Mitchell
Traduit de l’anglais
par Manuel Berri
L’Olivier
542 pages, 21

Roman en réseau Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°54 , juin 2004.
LMDA PDF n°54
4,00 €