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Domaine français Célébration féroce

juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Lucie Clair

Quand tout s’enténèbre, aimer, faire l’amour, piéger, deviennent, pour Stéphane Camille, la rébellion ultime.

Le Souffle coupé

La Chair comme tapis de prière1 est un chef-d’œuvre érotique chinois bien connu, mais ce n’est pas de ce roman qu’il s’agit ici de rendre compte. Pourtant chair et prière sont également étroitement associés dans Le Souffle coupé au sens où la prière peut exister hors de toute institution religieuse et être la simple manifestation spontanée d’une inspiration profonde de l’essence vitale, et de sa célébration. Vu sous cet angle, il est dommage que la quatrième de couverture se fasse l’écho de son aspect le plus maladroit ; rétrécir l’élan de la narratrice au seul geste « exorciste » d’« entrer en sexualité » expression qui laisse perplexe alors que le roman laisse deviner dans ses interstices, c’est-à-dire les moments où l’explicite s’efface, une vision plus ouverte, et plus subtile. Où aimer, faire l’amour, ne se limite pas à un acte de survie, mais se vit comme une parousie dans son acception étymologique de la « présence ».
Festin charnel donc : en réponse à la mort subite d’un nourrisson, deux couples les parents et leurs amis s’enlacent et se fondent jusqu’à fouiller leur moindre cellule pour y traquer pas même une étincelle, mais peut-être, malgré tout, un bout de braise pas encore étouffé par le charbon du désespoir. Ou par les nuages de pollution, et autres scories empoisonnantes d’une société totalitaire, vendue à ses zones industrielles et commerciales, abritant des centres de rétention aux allures de goulag qui les entourent. Le monde de Stéphane Camille et de ses personnages est plus moribond que survivant la survivance n’advient qu’en marge, dans la résistance et la délinquance, dans les terrains vagues où errent les chiens sauvages, autres festins volés. Les compagnons de route d’un voyage sans illusion se rencontrent au coin de chapitres affûtés comme des rasoirs. Pourtant, de ce monde-là et de ses désastres, peut émaner un désir « absolu, mordant, juteux, rose, blanc, frémissant et aussi aigu qu’une plaie vive, un désir de désir, une vague parfaite longue, puissante et le tube, ses parois si lisses, ce miroir à trois cent soixante degrés, bien farté, où se reflétait notre miracle. » Plus on avance dans la lecture, plus on se dit que, pour Stéphane Camille, le « corps-mort » qui est aussi le nom d’un point d’attache pour amarrer un bateau permet à la narratrice, l’instigatrice de la célébration impudique, de trouver un point d’ancrage d’où se déploie une urgente férocité : « c’était presque la joie, les hommes ouvraient des gueules menaçantes, riaient la gueule grande ouverte pour narguer la sentence du destin et moi et Ghislain et tous, en fait, on s’éloignait des mots, on s’éloignait du temps… »
D’ailleurs, c’est un livre qu’il faut lire d’une seule traite, tant la langue est mise au service de l’acuité de l’instant et de lui seul. Acuité portée par la figure de la femme, furie, mère et tendresse inextinguible, insufflant dans le monde une part d’enchantement quitte à ce que celle-ci ne soit pas reçue, et retombe comme une escarbille en panne de bûcher à enflammer, le bûcher dénoncé des vanités masculines, parfois plus acides et rebelles à l’embrasement que le bois vert. Femme batailleuse, de vouloir porter la vie à son tour : « J’apprendrais plus tard que cet environnement prétendait nous interdire de faire des enfants, de prendre ce risque. Nous étions, sans le savoir, les premières mères-téméraires. Oui, il fallait plus de foi, ou de folie, que de courage, pour contempler cet espoir sans cligner des yeux. »

Le Souffle coupé
Stéphane Camille
Actes Sud
103 pages, 12,50

1 Li-Yu (Pauvert, 1962)

Célébration féroce Par Lucie Clair
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
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