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Domaine français Une sorte d’odyssée

octobre 2004 | Le Matricule des Anges n°57 | par Richard Blin

À la manière d’un Ulysse des temps modernes, Gérard Macé nous entraîne au pays des ombres et des reflets. Entre rêve et mirage.

Illusions sur mesure

Écrire c’est partir, comme voyager c’est mourir un peu, s’absenter, disparaître, avant de revenir « après avoir joui de cette absence ». Faire le mort, « mais en se donnant une chance de résurrection ». Gérard Macé écrit comme il voyage, à la première personne, sans esprit de système, les sens en éveil et la conscience doublée d’une subjectivité aussi libertaire que rayonnante. Il fait songer à Ulysse dans sa manière de se perdre pour mieux se retrouver, de nous faire partager ses dérives dans le temps et l’espace et même ses visites au royaume des ombres. Emmenant son lecteur de Vilnius à Barcelone, de New York à Kyôto, ou du Yémen en Estonie, c’est aussi à une traversée de la mémoire et de la Bibliothèque qu’il nous convie. On croisera Keats et Shelley, « morts à un an d’intervalle sous le ciel d’Italie », Nietzsche, Borges, Cingria, G. Tomasi di Lampedusa, Thomas Browne, qui se demandait quelle chanson chantaient les Sirènes, Nathaniel Hawthorne, Sen no Rikyû, qui inventa la voie du thé, (celle qu’on nomme improprement « cérémonie »), Roger Caillois ou Claudel, qui affirmait « que la poésie c’est tout de même quelque chose de très noir au bout d’un pinceau très fin ».
Naviguant habilement entre choses vues et arcanes de la mémoire, comme entre images en migration et souvenirs tissés d’intime, il fait de chacun des vingt textes qui composent ce volume, autant de chambres d’échos que d’espaces de transhumance pour fantômes, revenants ou doubles. C’est que les lieux visités, les rêves, les cauchemars, les lectures, le tout conjugué aux multiples impressions du voyage, débouchent, après décantation, sur une façon de rêver la réalité, faite d’effets de résonance et d’associations, de solidarités insolites et de révélations soudaines. Subtile alchimie où l’épanchement de l’imaginaire dans le réel le dispute aux fraternités secrètes et silencieuses.
Rendant leur vérité aux ombres, restituant au trompe-l’œil comme à l’anamorphose tous leurs droits, Gérard Macé déplie, développe, révèle l’essence impliquée dans les signes et les images, qu’il s’agisse de celle du Juif errant (« l’ombre portée de Judas qui s’est mise à voyager toute seule ») ou de « Monsieur Rimbaud » tel que l’évoque Jules Borelli dans son Ethiopie méridionale, ou qu’il s’agisse des jardins japonais, des mannequins (qui sont « les derniers avatars des sirènes, qui flottent entre deux eaux dans les transparences et les reflets de nos vitrines »), d’une gare de conte de fées ou d’une comparaison rencontrée dans un roman de Joseph Conrad.
Percevant des affinités, décelant des configurations inédites, des interactions cachées ou des correspondances secrètes, Macé ne cesse de déplacer des frontières, de fracturer le temps et l’espace, de bousculer des certitudes. Des ressemblances surgissent qui effacent les différences, font communiquer les vivants et les morts par-delà les lieux et les époques, révélant ainsi tout un théâtre intérieur sur fond de redéploiement du monde et de libération d’un sens latent. Un monde où la poésie chinoise éclaire le théâtre de Shakespeare et où « derrière les feux de la rampe ce sont toujours les morts qui nous adressent la parole, pour nous dire notre avenir autant que leur passé ».
Illusions sur mesure, c’est une forme, un regard, un style qui permettent de saisir dans l’esprit des Essais de Montaigne l’allure et la nature ondoyante du réel. C’est une invite à partager une vision du monde et de ses présupposés tragiques. Une façon de faire procéder la pensée de la vie. Une manière aussi de voyager dans la littérature et de se promener dans des vies imaginaires et des mondes parallèles, fidèle en cela à l’esprit des Colportages (trois volumes, au Promeneur, « Le Cabinet des lettrés », Gallimard), et à l’ensemble d’une œuvre s’ordonnant autour de la fascination pour l’image et les signes (ce dont témoignent les lectures réunies dans Images & Signes, au Temps qu’il fait, ainsi que le dossier du Lmda N°35).
Entre leçon de lecture et esthétique de l’existence, c’est finalement tout ce qui donne du goût à la vie des livres à la conversation en passant par la mémoire et l’amitié, la poésie et les voyages que déploient les pages d’Illusions sur mesure. Un kaléidoscope d’ombres et de reflets, d’échos et d’images, de ricochets et de rencontres ajoutant à ce qui est ce surplus d’être dont l’œuvre de Gérard Macé ne cesse de traquer les avatars.

Illusions sur mesure
Gérard Macé
Gallimard
145 pages, XX

Une sorte d’odyssée Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°57 , octobre 2004.
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